La famille de cette journaliste et l'organisation Reporters sans frontières (RSF) avaient déposé une plainte le 3 décembre 2019 pour "complicité d'assassinat" et "corruption", visant en particulier l'homme d'affaires Yorgen Fenech, qui possède des hôtels et une écurie de chevaux de course en France, l'ex-chef de cabinet du Premier ministre maltais, Keith Schembri, et l'ancien ministre du Tourisme Konrad Mizzi.

Elles soupçonnent que les revenus générés par ces actifs ont pu servir à corrompre les deux hommes politiques dans le but d'obtenir un marché public, un sujet sur lequel la journaliste d'investigation enquêtait justement lorsqu'elle a été assassinée. 

Les plaignants avancent aussi que les investissements français de l'homme d'affaires ont pu servir à payer "les auteurs de l'attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie à la journaliste le 16 octobre 2017". 

Confiées à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, les investigations "seront menées dans un esprit d'étroite coopération et de complémentarité d'enquête avec les autorités judiciaires maltaises, saisies des faits d'assassinat", a souligné le parquet national financier dans son communiqué.

Cette affaire a éclaboussé le gouvernement maltais et poussé à la démission le Premier ministre Joseph Muscat, accusé d'avoir interféré et protégé ses collaborateurs dans l'enquête. 

A la suite des investigations menées en collaboration avec Interpol et l'agence américaine FBI, trois hommes considérés comme de simples exécutants sont en procès. Yorgen Fenech a été inculpé pour complicité.

En creusant le volet maltais des Panama Papers, Daphne Caruana Galizia avait révélé qu'une société de Dubaï, la 17 Black, aurait versé 2 millions d'euros à Keith Schembri et Konrad Mizzi. Le consortium de journalistes Daphne Project, qui a repris ses enquêtes, a révélé que la 17 Black appartenait à Yorgen Fenech.

"Cette décision fixe un important standard pour les poursuites de la corruption à travers les frontières européennes et des crimes commis contre des journalistes", a réagi Corinne Vella, la sœur de Daphné Caruana Galizia interrogée par l'AFP.

"Ces investigations auraient dû être déclenchées par la section d'enquêtes financières de la police maltaise. La faillite institutionnelle et la confiscation de l'État à Malte ont laissé notre gouvernement sans volonté ni capacité de rendre pleinement la justice entière, ce qui a amené la famille de Daphné, RSF et les avocats à Paris à se charger de l'affaire pour la faire avancer", a ajouté Mme Vella.