- L'accord de 2015 -

Les Etats-Unis et plusieurs autres pays ont conclu en 2015 à Vienne avec Téhéran un accord imposant de strictes restrictions au programme nucléaire iranien, pour garantir qu'il demeure civil et pacifique sans permettre la fabrication d'une bombe atomique. En échange, ces grandes puissances ont levé les sanctions imposées au fil des ans à l'économie iranienne en raison des ambitions nucléaires présumées de la République islamique.

- Le retrait de Trump -

En 2018, critiquant un texte trop laxiste et insuffisant, le président Trump a retiré Washington de l'accord de Vienne et rétabli unilatéralement toutes les sanctions levées depuis trois ans. A la clé, un embargo pétrolier draconien et l'interdiction de toute transaction avec l'Iran.

Mais l'administration Trump ne s'est pas contentée de rétablir les sanctions d'avant 2015. Jusqu'à son départ en janvier dernier, elle les a constamment durcies.

En outre, elle a ajouté de nombreuses strates de sanctions au nom d'autres accusations non liées au programme nucléaire. 

Les Etats-Unis ont ainsi placé en 2019 les Gardiens de la révolution, armée idéologique du pouvoir iranien, sur leur liste noire des "organisations terroristes étrangères".

Et ils ont multiplié les sanctions redondantes, ciblant pour terrorisme, violation des droits humains ou développement du programme iranien de missiles balistiques des personnes et entités déjà visées pour les motifs nucléaires. Par exemple, la Banque centrale iranienne a été doublement sanctionnée, d'abord pour soutien au programme nucléaire puis pour financement du terrorisme.

- Quelles sanctions lever? -

Le président Biden a promis de revenir dans l'accord de 2015, et donc de lever les sanctions, à condition que l'Iran renoue avec les engagements nucléaires dont il s'est progressivement affranchi pour protester contre la "pression maximale" exercée par Donald Trump.

Sur le papier, rien de plus simple.

"Les Etats-Unis peuvent effacer les sanctions d'un coup de stylo", disait récemment un ex-conseiller gouvernemental américain impliqué dans la négociation de l'accord de Vienne.

En réalité, c'est plus compliqué que cela.

Téhéran exige l'abandon de "toutes les sanctions imposées, ré-imposées ou renommées" sous l'administration Trump.

"Ce n'est pas conforme à l'accord" qui "permet aux Etats-Unis d'imposer des sanctions pour des raisons non-nucléaires, que ce soit pour terrorisme, violations des droits humains, ingérence électorale, etc.", répond un haut responsable américain. Selon lui, si l'Iran continue de réclamer la fin de toutes les sanctions imposées depuis 2017, "nous nous dirigeons vers une impasse".

- Les négociations -

Pour autant, les Américains laissent une marge de négociation.

"Nous sommes prêts à lever toutes les sanctions en contradiction" avec l'accord de 2015 "et en contradiction avec les bénéfices que l'Iran en attend", dit ce même responsable.

Les discussions indirectes qui doivent reprendre jeudi à Vienne entre les membres de l'accord d'une part, et Washington d'autre part, portent en ce moment justement sur la définition de ce périmètre.

L'administration Trump a bâti "un mur de sanctions" pour "compliquer la tâche" d'un nouveau gouvernement désireux de revenir dans l'accord, explique le négociateur américain, estimant que certaines mesures punitives non-nucléaires n'étaient pas justifiées.

"Donc nous devons faire cet effort pénible de faire le tri entre les sanctions qui doivent être levées et celles qui doivent être maintenues", ajoute-t-il, assurant qu'aucune liste n'avait encore été discutée dans le détail.

Le risque politique est gros pour Joe Biden: les nombreux faucons opposés à l'accord de Vienne, principalement dans les rangs républicains, crient déjà à la "capitulation" des Etats-Unis et vont contester la levée des sanctions, a fortiori de celles non liées au programme nucléaire iranien.