Les grands crus de bordeaux se portent bien et même très bien. Dans un contexte où les marchés renvoient des signaux plutôt négatifs pour la première région viticole française, l'évolution des ventes de ces vins a de quoi surprendre. « Les exportations ont bondi de 12 %, à 1,154 milliard d'euros sur douze mois à fin juin », a indiqué ce mardi le président de l'Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB), Ronan Laborde. Sur deux ans, le score est encore plus impressionnant, avec une hausse de 27 %.

Ces chiffres concernent les bouteilles vendues à plus de 22,50 euros. Celles-ci totalisent plus de la moitié de tous les bordeaux exportés en valeur dans le monde (pour 2 milliards d'euros), alors même qu'elles représentent moins de 3 % du vignoble bordelais.

Chine mal orientée

A fin juin, tous les marchés étaient en croissance sur douze mois, sauf l'ensemble Chine continentale, Hong-Kong et Macao, toujours orienté à la baisse (-1,5 %). Cet ensemble qu'on appelle la « Grande Chine » demeure néanmoins le premier client des grands crus, avec une bouteille sur trois exportées.

Au cours des prochains mois, le marché de l'Extrême Orient court des risques d'aggravation en raison de l'impact du coronavirus et du ralentissement de l'économie locale. Les vins français ont aussi le handicap d'une taxe de 40 % à l'entrée en Chine, quand les vins chiliens et australiens sont libres de droits.

Prorogation de la Taxe Trump

Aux Etats-Unis, deuxième gros client des grands crus, les ventes ont fait un bond de 30 %. « Le marché américain est très prospère et nous en profitons. La distribution s'y est réorganisée et nos vins suscitent un réel enthousiasme. Nous venons de leur présenter le millésime 2017, qui a reçu un excellent accueil », a commenté Ronan Laborde.

Les mois qui viennent pourraient, là aussi être différents et marqués par les effets de la surtaxe de 25 % décidée par Donald Trump en réaction au conflit avec l'Union européenne sur Airbus. « D'un tempérament optimiste mais réaliste », Ronan Laborde s'attend à une prorogation et une éventuelle évolution de cette taxe à compter de la mi-février.

« Tant qu'on n'en connaît pas les modalités d'application ni l'assiette, il est difficile de s'organiser. Lorsque nous y verrons plus clair, nous ferons tout notre possible pour en réduire l'impact sur le prix au consommateur », assure-t-il.

Scores outre Manche

Troisième client, le Royaume-Uni a vu ses importations de grands crus de bordeaux augmenter de 22 % en 2019, et de 54 % sur deux ans. Ronan Laborde veut y voir les effets d'une énorme appétence pour le millésime 2016, « un des plus grands jamais produits à Bordeaux », et « un réel engouement pour les primeurs ». Le millésime 2019, qui « offre des vins séduisants et profonds d'un très bon potentiel de garde en rouge », entretient l'espoir de belles performances encore.