Lancé en début d'année par l'Agence de l'environnement (Ademe), le dispositif « Tremplin pour la transition écologique des PME » trouve lentement son public. 340 entreprises l'ont aujourd'hui sollicité, pour un montant total de 5,5 millions d'euros - soit une moyenne de 15.000 euros par aide. « Nous sommes sur la bonne trajectoire, assure Geoffrey Abecassis, responsable du programme Plan de relance à l'Agence de l'environnement. Nous visons environ 2.000 entreprises, pour une enveloppe globale de l'ordre de 30 millions qui reste ouverte jusqu'à la fin de l'année, et nous n'excluons pas un réabondement si nécessaire. »

Réservé aux entreprises de moins de 250 personnes, le dispositif devra, à terme, démontrer s'il contribue effectivement au « verdissement » des petites organisations. A ce stade, l'Ademe leur propose de cocher une sorte de liste des envies climatocompatibles. Un abri de vélo ? « Je vais l'ajouter à la demande, mes salariés viennent travailler à vélo », témoigne le dirigeant d'une jeune pousse. Isoler la toiture ? Poser des LED ? « Je me disais qu'il était temps de le faire », confie un autre. Le process est mécanique, sans instruction.

Au total, 80 % des entreprises ayant postulé au dispositif emploient moins de 50 salariés. Et plus de 90 % d'entre elles ne s'étaient encore jamais tournées vers l'Ademe. De quoi satisfaire l'établissement public, plus habitué aux écoentreprises déjà acquises à sa cause : « Nous n'avons pas vraiment l'habitude de procéder ainsi, par ouverture de guichet, pour des aides forfaitaires, et à destination des PME et des TPE de tous secteurs », souligne Geoffrey Abecassis, qui ne cache pas que l'objectif est d'enclencher une dynamique. Quand bien même tous les investissements ne se valent pas pour déployer une stratégie climat, « il est temps de se préoccuper de la manière dont les petites entreprises sont capables d'agir et de leur fournir des dispositifs d'accompagnement adaptés », se félicite-t-on dans les rangs du Shift Project, think tank de référence. « Il y a deux sujets PME, expose Juliette Decq, coresponsable de la pratique Performance climat chez Carbone 4. Il faut cibler et outiller celles qui sont très dépendantes au carbone dans leur chaîne de valeur, pour repenser leur business et les aider à se décarbonerhttps://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/climat-la-capacite-de-la-france-a-tenir-ses-objectifs-de-2030-mise-en-doute-1293153, et soutenir les futurs champions qui contribuent à la transition écologique avec leurs produits et services. Ils doivent croître avec les meilleurs dispositifs. »

Avec la subvention de 20.000 euros, Agilenville (1,5 million d'euros de chiffre d'affaires consolidé, 32 salariés), créé à Marseille il y a deux ans sur le créneau de la logistique du dernier kilomètre 0 % émission, va renouveler une partie de son parc de vélos cargo et poursuivre son développement à Lyon et Nice. « Ces aides vont nous permettre d'abaisser le seuil de rentabilité », notent Karine Robert et Michael Mahut, les deux associés.

Ecoconception

Sandra Legel, fondatrice et dirigeante de Biom Paris (400.000 euros de chiffre d'affaires en 2020), a, elle, sollicité le dispositif pour la conception d'un gobelet « éco-innovant ». L'Ademe prendra en partie en charge les frais d'analyse du cycle de vie. Les autres dispositifs publics de soutien à l'écoconception ne seront pas superflus : aller jusqu'en phase de prototypage lui coûtera près de 80.000 euros. Si cette entrepreneuse engagée estime les plans d'aides « très encourageants », parce que le financement de la transition reste le nerf de la guerre pour les PME, on la sent moins enthousiaste sur le volontarisme de la petite industrie. « Lorsque j'ai cherché des usines d'injection pour fabriquer mes produits, témoigne-t-elle, j'ai rencontré des patrons qui ne savaient ni ce qu'étaient les matières biosourcées, ni ce qu'était l'écoconception et, surtout, qui n'y voyaient aucun intérêt, faute de connaissances. »

Moins d'un quart des demandes adressées à l'Ademe concernent le financement d'études et de diagnostics. Le reste porte sur des achats, majoritairement de véhicules électriques, d'éclairage et d'équipement pour la gestion des déchets.