Quel est l'impact du Covid-19 sur votre fonds ?

Nous avons obtenu des promesses d'engagement pour deux nouveaux fonds de 100 millions de dollars en juillet dernier et avons 500 millions de dollars en management, donc nous n'avons pas de stress côté financement. J'ai trois appels de fonds cette semaine pour 12 millions de dollars, nous verrons s'ils sont honorés, mais l'ensemble de nos partenaires financiers sont très stables et établis. C'est ma troisième contraction après celles de 2000 et de 2008, donc c'est un peu du déjà-vu pour moi, contrairement à pas mal de fonds récents. Nous avons déjà eu à gérer ces soucis, donc nous pouvons activer des réponses de façon plus systématique et non émotionnelle.

Quelle est votre stratégie pour faire face à la crise économique ?

Notre priorité, c'est notre portefeuille existant. Nous disons à la centaine de sociétés actives dans lesquelles nous avons investi qu'elles doivent maintenir leur capacité afin de survivre sur les 12 à 18 prochains mois pour être capables de rebondir ensuite. Pour les sociétés dans la restauration ou la vente, qui sont passées de quelques millions de chiffre d'affaires à zéro en une semaine, elles doivent licencier environ deux tiers de leurs effectifs.

Les autres doivent estimer quels sont les clients qui risquent de ne pas payer et faire les coupes nécessaires. En 2008, les entrepreneurs qui ont voulu essayer de comprendre les effets de la crise avant de prendre des mesures sont morts. Il faut agir vite.

Vous avez traversé la crise de 2008. En quoi celle-ci est différente ?

Après la disparation de Lehman Brothers en 2008, il y a eu un véritable désert, avec 18 mois d'arrêt des investissements. Cette fois-ci, c'est différent, car c'est une crise économique et financière, mais surtout de santé. Surtout, la majorité des fonds américains ont levé énormément d'argent sur les deux dernières années, donc ils n'ont pas de difficultés de liquidités. Ils vont se pencher sur la possibilité de prendre part à des tours qui leur étaient fermés il y a quelques mois car les valorisations étaient très élevées. Airbnb parle par exemple à des investisseurs pour relever de l'argent, avec un tour qui sera probablement beaucoup moins cher que le précédent.

Comment va évoluer le rapport de force entre entrepreneurs et investisseurs ?

Les valorisations vont être revues à la baisse. Les entrepreneurs vont devoir moduler leurs attentes. Le Fomo [« fear of missing out », peur de manquer une opportunité, NDLR], l'une des raisons qui conduit les fonds à payer cher, n'existe plus dans l'environnement actuel.

Je ne serais pas surpris que des « term sheets » avec des clauses favorables aux investisseurs apparaissent. Notamment en termes de multiples de préférences de liquidation et de « full ratchet ». La première permet aux investisseurs, en cas de liquidation de la société ou de revente à un prix nettement inférieur à la valorisation du précédent tour de table, de récupérer le double, voire le triple de leur mise de départ. La deuxième signifie que si l'investisseur a investi à une valorisation de 10 millions et que le tour suivant se fait à une valorisation de 8 millions, il peut recalculer son prix de revient au niveau de cette valorisation inférieure.