Lors de sa réunion de politique monétaire délocalisée à Vilnius, en Lituanie, l'institut monétaire a maintenu ses taux directeurs à leur plancher historique, où ils devraient rester "au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2020", soit une échéance différée de six mois par rapport à ses dernières annonces.

Jusqu'en mars, la BCE promettait un statu quo monétaire "jusqu'à l'été 2019" au moins, avant d'évoquer "la fin 2019" lors de ses deux dernières réunions, alors que les marchés tablaient d'ores et déjà sur une première hausse de taux mi-2020, voire en 2021.

Les menaces protectionnistes "se sont intensifiées au delà ce que nous pensions en mars", a justifié le président de l'institut Mario Draghi, dans une allusion au durcissement du bras de fer entre Pékin et Washington, désormais bien loin de l'accord espéré depuis des mois par les milieux économiques.

Plus largement, a souligné M. Draghi, la multiplication des conflits commerciaux met en question "tout l'ordre multilatéral dans lequel nous vivons depuis la Seconde guerre mondiale", créant une inquiétude dépassant de loin l'impact immédiat sur la croissance.

S'y ajoutent "l'incertitude sur la négociation du Brexit", renforcée par la démission de la Première ministre britannique Theresa May, et "les fragilités de certains marchés émergents", a-t-il énuméré.

- Détermination -

Enfin, l'Italie est lancée dans un nouveau bras de fer avec Bruxelles sur l'étendue de ses déficits publics, alors que son énorme dette représente déjà le quart de l'endettement public en zone euro et constitue une bombe financière à retardement pour l'union monétaire.

La BCE a donc "laissé toutes les options ouvertes, pour réagir de façon flexible aux nombreux risques", résume Marcel Fratzscher, président de l'institut économique berlinois DIW.

Dans l'immédiat, l'institut a détaillé son nouveau programme de prêts géants aux banques, baptisé TLTRO III et annoncé en mars, après deux premières salves en 2014 et 2016.

Lancés en sept vagues entre septembre prochain et mars 2021, avec chaque fois une échéance de deux ans, ils seront accordés à des taux variant de -0,30% à +0,10%, selon la quantité de crédits redistribués par chaque banque dans l'économie.

Surtout, Mario Draghi a affirmé que la BCE était "déterminée à agir" en cas de dégradation économique et "avait discuté" d'options telles qu'une nouvelle baisse des taux ou le lancement de nouveaux rachats nets de dette, après avoir acquis pour environ 2.600 milliards d'euros d'actifs entre 2015 et fin 2018.

Les gardiens de l'euro "ont rejoint le choeur des banques centrales qui ont déjà adopté de nouvelles mesures d'assouplissement ou qui les envisagent", estime Cartsen Brzeski, de la banque ING.

- 'Tout sauf normal' -

Pour se décider, l'institut ne sera guère éclairé par ses nouvelles projections macroéconomiques en zone euro, relevées à court terme mais abaissées à moyen terme par rapport à celles de mars.

Si la croissance comme l'inflation devraient être un peu meilleures qu'attendu cette année, respectivement à 1,2% et 1,3%, elles augmenteront moins que prévu l'an prochain et devraient rester modestes en 2021, respectivement à 1,4% et 1,6%.

Et les attentes de hausse des prix "à cinq ans", baromètre surveillé de près à Francfort, sont retombées à près de 1,3%, au plus bas depuis que Mario Draghi a pris ses fonctions fin 2011, signe que les investisseurs parient sur une dégradation.

Le conseil des gouverneurs "n'est pas résigné à avoir éternellement une inflation basse", a insisté M. Draghi, dont l'unique mandat officiel est de ramener la hausse des prix légèrement sous les 2%, niveau censé stimuler la croissance et l'emploi.

Comme nombre d'analystes, Friedrich Heinemann de l'institut allemand ZEW se demande pourtant "quelle marge de manoeuvre" conserve l'institut après des années de soutien vigoureux à l'économie, tant la BCE a puisé dans son arsenal depuis 2014.

"Nous sommes loin de la normalisation (de la politique monétaire, ndlr) parce que le reste du monde et des défis sont loin d'être normaux, et c'est ainsi depuis des années", a répliqué Mario Draghi.