Baptisée ViacomCBS, la nouvelle société aura un chiffre d'affaires de 28 milliards de dollars et une valeur boursière d'environ 30 milliards.

Le rapprochement intervient au moment où le paysage audiovisuel américain se transforme radicalement, les acteurs "traditionnels" comme les télévisions, les studios ou les câblo-opérateurs devant affronter la montée en puissance des plateformes vidéo en ligne comme Netflix, Amazon Prime Video ou Apple TV.  

Face à leur nouveau modèle économique, sans publicité mais avec abonnement, et à leurs innovations technologiques, plusieurs groupes ont déjà ressenti le besoin de muscler leur offre pour garder leur stature dans la jungle impitoyable du divertissement américain.

Dans une série d'opérations de grande ampleur, le géant des télécoms AT&T a ainsi mis la main sur Time Warner (HBO, CNN, TBS et le studio Warner Bros), tandis que l'opérateur Comcast s'est emparé de NBCUniversal. 

Disney a racheté de son côté la majeure partie de 21 Century Fox et prévoit aussi de lancer en novembre sa propre plateforme Disney+. 

Isolés, CBS et Viacom auraient pu avoir du mal à faire le poids. Réunis, ils ont plus d'influence. 

Pour justifier leur fusion, CBS et Viacom mettent d'ailleurs en avant le fait qu'ils seront dotées d'une capacité financière encore plus importante pour investir dans de nouveaux contenus et de nouvelles technologies. 

En plus de leurs catalogues existants, de plus de 140.000 émissions télévisées et 3.600 films, ils ont ainsi dépensé 13 milliards de dollars en nouveaux contenus au cours des douze derniers mois. Plus de 750 séries sont actuellement en projet.

Pour le patron de la nouvelle entité, l'actuel directeur général de Viacom Bob Bakish, la combinaison des actifs et compétences de CBS et Viacom permet de créer "l'une des rares entreprises aux contenus et à la portée suffisamment vastes et variés pour façonner l'avenir (du) secteur". 

- Retrouvailles -

ViacomCBS sera à la tête du premier groupe de télévision aux Etats-Unis en termes d'audience, par diffusion hertzienne ou câblée, ainsi que des studios de cinéma Paramount et de la maison d'édition Simon & Schuster. La fusion réunit aussi plusieurs franchises à succès, comme les sagas Star Trek et Mission Impossible. 

Le groupe gérera par ailleurs des bouquets importants au Royaume-Uni, en Argentine et en Australie, ainsi que des chaînes câblées dans plus de 180 pays.

"Plus vous êtres grands, plus vous avez d'influence lorsqu'il s'agit d'aller négocier avec des distributeurs ou même directement avec les consommateurs", remarque Tuna Amobi, analyste pour le cabinet CFRA Research. "Cela augmente leurs chances face aux concurrents".

Les deux entités se retrouvent après plus d'une décennie de séparation, cette opération reconstituant une entité qui existait jusqu'en 2006, avant que la holding contrôlant les deux groupes, à hauteur d'environ 80%, National Amusements, ne décide de les séparer.

La fille du fondateur de National Amusements devenu magnat des médias Summer Redstone, Shari Redstone, sera la présidente du conseil d'administration. 

"Je suis vraiment contente de voir ces deux grandes entreprises se rejoindre afin que l'incroyable potentiel de leurs atouts soit pleinement exploité", a commenté Mme Redstone. 

"Mon père a dit un jour +c'est le contenu qui compte+ et cela n'a jamais été aussi vrai qu'aujourd'hui", a-t-elle souligné.  

Les retrouvailles ne se seront pas faites sans accroc, les deux groupes ayant déjà procédé sans succès à plusieurs tentatives de rapprochement. L'ancien patron de CBS, Leslie Moonves, s'est notamment pendant longtemps fermement opposé à la fusion, souhaitée par Mme Redstone, la bataille se jouant parfois devant les tribunaux. 

M. Moonves a toutefois été évincé en septembre dernier sur la foi d'accusations d'abus sexuels.

Les dernières discussions ont un peu traîné sur le prix à payer par les deux parties. Au final, il a été décidé que les actionnaires de CBS détiendraient 61% de la nouvelle société et ceux de Viacom le reste.

La fusion doit se conclure d'ici fin 2019 si elle obtient le feu vert des autorités concernées, en particulier celles de la concurrence.