La CPME d'abord, le Medef ensuite, et enfin l'U2P ont annoncé lundi qu'ils se retiraient de la négociation en cours sur l'assurance-chômage. En cause ? L'intervention du président de la République en fin de semaine dernière insistant sur la nécessité d'instaurer un bonus-malus pour limiter le recours aux contrats de très courte durée, quelle que soit l'issue des négociations en cours. « La Confédération des PME l'a dit et répété, elle se refuse à cautionner une nouvelle forme de taxation des entreprises qui créent de l'emploi », a expliqué la CPME.

Parmi les ministres, on ne se bouscule pas pour défendre le patronat : « Je regrette cette décision », fait savoir un poids lourd du gouvernement. « C'était une bonne occasion pour le patronat de montrer qu'il avait compris ce qui se passait », précise-t-il, faisant référence au mouvement des « gilets jaunes ».

Lettre de cadrage

Le Medef et la CPME ont à plusieurs reprises expliqué que l'instauration d'un bonus-malus était une ligne rouge : « C'était clair pour nous, et nous l'avons écrit noir sur blanc plus d'une fois », rappelle aux « Echos » François Asselin, le président de la CPME. Mais c'était oublier qu'il s'agit aussi d'une promesse de campagne d'Emmanuel Macron sur laquelle il n'est jamais revenu publiquement, même si les dissensions au sein du gouvernement sont nombreuses sur le sujet.Les deux organisations patronales reprochent en particulier au chef de l'Etat de « faire fi de la lettre de cadrage pourtant écrite par le gouvernement » pour la négociation sur la réforme de l'assurance-chômage. « Ce document n'imposait pas une méthode pour répondre à cette question », indique le Medef.

De fait, ce texte, qui est censé orienter les discussions, ne reprend pas le terme de bonus-malus. Et le patronat a pu croire un temps que le dispositif, compliqué à mettre en place de l'aveu même de certains syndicats, ne verrait pas le jour.

« On veut bien prendre à bras-le-corps le sujet des contrats courts, mais il faut nous laisser négocier. On allait entrer dans le vif du sujet, toutes nos cartes n'étaient pas abattues », précise François Asselin, qui regrette l'interférence de l'exécutif dans les discussions en cours.

De fait, un semblant d'accord commençait tout juste à s'ébaucher mais sur des bases beaucoup moins ambitieuses que celles de la lettre de cadrage, et surtout sans bonus-malus. De quoi peiner un certain nombre de conseillers au sein du gouvernement qui militent pour que le dispositif voie bien le jour. Plutôt qu'un accord mal ficelé ou pas assez ambitieux, une partie de l'exécutif plaide pour une reprise en main par l'Etat, un scénario qui n'a jamais fait peur au président de la République.

Cette volonté de reprise en main tient aussi à la lenteur avec laquelle le sujet est traité côté patronat. Depuis dix-huit mois, moins de dix branches professionnelles ont signé des accords sur la limitation des contrats courts et les solutions proposées par le Medef la semaine dernière ans le cadre de la négociation (groupement d'employeurs, délai de carence...) sont loin d'être à la hauteur de l'ampleur du problème.