A l’horizon 2020, la filière numérique devrait générer pas moins de 160 000 emplois en Europe. Ce secteur en perpétuelle évolution oblige les employeurs à se montrer de plus en plus exigeants vis à vis des compétences de leurs nouveaux salariés. Et le codage informatique est en tête de liste.

Et l’Homme créa le code

Le codage c’est de l’écriture. En programmation informatique, il permet tout et n’importe quoi : le développement des logiciels, la création et la personnalisation de pages internet... L’essence même du codage repose sur une hiérarchie naturelle : l’Homme commande à la machine. Et le code est la manière la plus directe d’ordonner à la machine d’accomplir telle ou telle tâche.

Si l’on veut jouer les puristes de la langue française, le terme correct est « programmer », le verbe « coder » étant un dérivé angliciste du « coding ». En vérité, les néophytes ignorent tout du code, jusqu’à son existence - nulle raison de s’y intéresser tant que l’ordinateur fonctionne. Pourquoi devrait-on changer nos habitudes ?

Concrètement, ça sert quoi ?

« Savoir coder, c’est en quelque sorte avoir son permis Internet », explique Romain Gaillard, fondateur du Wagon. « Il y a des postes auxquels on ne peut désormais plus prétendre sans savoir coder, les product managers par exemple ». Le numérique a entièrement refaçonné notre monde - à tel point qu’Emmanuel Macron en a fait son cheval de bataille à l’élection présidentielle. Une connaissance du code, même approximative, permet de rester maître de la machine : plus besoin d’être esclave d’applications reposant entièrement sur des algorithmes. Les initiés au codage informatique peuvent nouer un contact franc et direct avec le coeur du système sans passer par des dizaines d’intermédiaires. Le dialogue frontal permet un gain de temps pouvant aller de plusieurs heures à plusieurs jours ; une documentaliste chargée d’indexer tous ses ouvrages aura mieux fait de maîtriser le codage pour s’épargner de laborieuses rentrées de titres les uns après les autres…

Un algorithme, c’est une suite d’instructions dont le but est de résoudre un problème donné ; des instructions que l’ordinateur exécutera automatiquement. La maîtrise de cette science - l’algorithmique - a permis la création de tout ce qui remplit notre quotidien : Internet, réseaux sociaux, jeux vidéo… Les algorithmes sont à l’origine de tout, mais peu de personnes en connaissent le langage… Dans leur ouvrage « Lire, écrire, compter, coder », Frédéric Bardeau et Nicolas Danet soumettent l’idée d’un programme d’alphabétisation au code, qui viserait davantage à comprendre le mécanisme des instructions données aux machines, que la maîtrise pure des HTML5, Python et JavaScript. Frédéric Bardeau : « On peut vivre sans coder, en revanche ne pas savoir du tout ce qu'est le code, c'est pénalisant comme citoyen et sur le plan professionnel. »

Les poules aux oeufs d’or ?

En 2016, le site internet Glassdoor publiait son classement annuel des métiers les plus prometteurs selon 3 critères : le salaire annuel, l’évolution de carrière, et la cote sur le marché du travail. Parmi son Top 25 spécifique aux Etats-Unis, 8 de ces professions sont directement liées au codage informatique. Les ingénieurs logiciels font partie des plus recherchés : ils peuvent tout aussi bien travailler chez Apple, chez un constructeur automobile… et même dans un hôpital. Rien d’étonnant à cela : près de la moitié des offres d’emplois en lien avec la programmation viennent d’autres secteurs que le High-Tech, comme la finance, la santé ou l’industrie.

Burning Glass est une entreprise américaine spécialisée dans l’analyse du marché du travail. Elle a publié un rapport daté de 2015 qui révélait que pas moins de 7 millions d’offres d’emplois requéraient des compétences en code. Un talent que les firmes sont prêtes à payer cher : 22 000 dollars par an ajoutés au salaire initial. Et ce n’est qu’une moyenne… Aux États-Unis, la moitié des emplois payés plus de 58 000 dollars à l’année nécessitent une maîtrise du codage. Et selon les prévisionnistes européens, la filière numérique devrait générer plus de 160 000 emplois d’ici 2020 dans toute l’Union européenne.

Vers l’enseignement du code ?

Romain et Boris Paillard ont su tirer profit de cet engouement pour le codage informatique. Dès 2013, les deux frères créent Le Wagon. Cette école, pionnière dans la formation au développement web, proposait des formations de 9 semaines exclusivement B2C (à destination des consommateurs). Devant le succès rencontré, l’école s’est implantée aux quatre coins du monde, et le B2B (à destination des professionnels) a tôt fait de rejoindre le catalogue de la startup. Et Romain Paillard de nuancer cette ruée vers le code : « Aujourd’hui très recherché, le développement web a vocation à se démocratiser jusqu’à perdre son caractère différenciant. […] À mon avis, on assiste au même phénomène que celui qui s’est produit il y a une vingtaine d’années avec l’anglais. Auparavant c’était une compétence très valorisée, ce qui n’est plus réellement le cas aujourd’hui. »

L’initiation au codage est devenue un bagage indispensable aux écoliers Français, et l’État l’a bien compris. Depuis la rentrée 2016, le codage informatique est enseigné depuis les classes de maternelles jusqu’à la 6e. Une prise de conscience que nous devons aux associations et au secteur privé, les premiers à exploiter le potentiel du codage. Fondée par Xavier Niel (Free), l’école 42 ambitionne de former les professionnels de demain. Simplon.co, une entreprise sociale basée à Montreuil, dispense des formations de 6 mois aux jeunes non-diplômés et aux séniors chercheurs d’emplois - la réinsertion par le numérique. Outre-Atlantique, les bootcamps dédiés au codage informatique font partie intégrante du paysage. Au point que le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a lancé le « Coding Accross the Curriculum » destiné aux professeurs du New Hampshire. Cette initiative aspire à enseigner le code aux instituteurs, dans l’espoir que le codage informatique puisse un jour figurer dans le programme scolaire des petits Américains.

Chez les Américains comme chez les Européens, la lecture, l’écriture et le calcul demeurent les enseignements rois. Des fondations indispensables aux mathématiques, aux langues et à toutes les autres matières… sauf le codage informatique. Omnipotent, il peut s’apprendre sans calcul, sans lecture, sans écriture. Le panthéon des savoirs universels comptera bientôt 4 disciplines, alors autant s’y mettre de suite.