La grogne des agriculteurs a payé. L'exécutif a finalement accepté que les redevances prélevées sur l'agriculture pour financer les agences de l'eau ne soient pas augmentées l'an prochain. La Première ministre, Elisabeth Borne, l'a fait savoir à la FNSEA lors d'une rencontre mardi soir, a indiqué son président, Arnaud Rousseau. « Nous avons été entendus », s'est-il félicité.

Depuis plusieurs semaines, le puissant syndicat agricole et celui des Jeunes agriculteurs avaient lancé une campagne de protestation baptisée « On marche sur la tête », symbolisé par le retournement des panneaux d'entrées dans les villes. L'abandon des hausses prévues était leur principale revendication, mais pas la seule : alors qu'une loi d'orientation agricole doit être présentée début 2024, ils s'opposent aussi aux mesures sur les pesticides ou à certaines évolutions en cours à Bruxelles.

Représentant 47 millions d'euros par an - 10 millions sur l'irrigation et 37 millions sur l'utilisation de pesticides -, la hausse des redevances de l'eau pour les agriculteurs était inscrite dans le projet de loi de finances pour 2024. Il s'agissait de traduire financièrement le plan eau annoncé en marspar Emmanuel Macron, dont l'objectif est d'améliorer la gestion d'une ressource appelée à devenir de plus en plus rare. Le chef de l'Etat avait notamment annoncé des moyens supplémentaires de 475 millions d'euros pour les agences de l'eau, qui permettent, grâce aux redevances qu'elles perçoivent sur les utilisateurs, les investissements à long terme des collectivités locales - à qui revient la responsabilité de la gestion de l'eau en France.

Concentration sur deux bassins

Or trois quarts de ces redevances sont aujourd'hui payées au titre de l'alimentation en eau potable, alors que celle-ci ne représente que 16 % des prélèvements en eau (et 26 % de la consommation finale), a rappelé la Cour des comptes dans un rapport publié cet été. L'irrigation agricole ne rapporte que 6 % du total, alors qu'elle représente 9 % des prélèvements et 58 % de la consommation. L'objectif de la réforme des redevances était de mieux équilibrer les ponctions financières en fonction des prélèvements, afin d'inciter à davantage de sobriété. L'industrie était, elle aussi, mise à contribution (20 % des redevances, 51 % des prélèvements), notamment EDF : leur facture devrait augmenter de 100 millions d'euros, à 140 millions.

La FNSEA avait jugé les hausses pesant sur l'agriculture (+22 %, à 257 millions d'euros) « pas raisonnables », et dénoncé notamment leur concentration sur deux bassins hydrauliques, Rhône Méditerranée Corse et Adour Garonne. « Nous nous sommes pour notre part engagés à nous mettre au travail pour construire des trajectoires supportables » pour la hausse de ces taxes dans les prochaines années, a souligné Arnaud Rousseau mardi soir.Reste à savoir comment les agences de l'eau compenseront le geste fait par le gouvernement. Les hausses de redevances inscrites dans le projet de loi de finances pour 2024 ne représentaient que le tiers des 475 millions annoncés par l'Etat. Pour le solde, « les agences de l'eau et les comités de bassins feront leurs choix, en fonction des équilibres locaux », indiquait-on il y a quelques semaines dans l'entourage du ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. Autrement dit, il reviendra aux instances de gouvernance locale de l'eau de choisir elles-mêmes qui supportera d'éventuelles augmentations de redevances, et de combien.