Comme de nombreux patrons de fintechs, Florent Robert a déjà fait l'objet d'un contrôle de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Objectif : évaluer les efforts de lutte antiblanchiment mis en place par sa start-up Bruno, spécialisée dans l'épargne automatique. « Ce contrôle a duré 12 mois, c'était fastidieux », se souvient le dirigeant qui a eu le feu vert de l'organisme.

Certaines fintechs comme Lemonway et Mangopay ont, elles, été sanctionnées par le gendarme financier. Le problème est souvent le même : l'identité des clients n'est pas suffisamment bien vérifiée. C'est en partant de ce constat que Florent Robert et Aymeric Boëlle, avocat, ont fondé Ondorse.

Cinq mois après sa création, la start-up a bouclé une levée de fonds de 2,4 millions d'euros menée par Eurazeo aux côtés d'Isai et plusieurs business angels dans la fintech comme Pierre-Antoine Dusoulier (IBanFirst), Olivier Godement (Stripe) ou encore Philippe de Passorio (Adyen). Concrètement, Ondorse vérifie rapidement l'identité des clients des fintechs et places de marché (Kbis, bénéficiaire effectif, présence sur une liste de sanctions internationales...).

Pour ce faire, elle se connecte à 25 services de risque, d'identité et de fournisseurs de données privées. Un gain de temps alors qu'habituellement une fintech doit acheter plusieurs services et effectue même certaines vérifications manuellement.

« Cette solution peut être utilisée une seule fois ou en continu. Mieux vaut être branché en permanence sur Ondorse si, du jour au lendemain, vous n'avez plus le droit de faire affaire avec des sociétés russes », illustre Nicolas Debock, partner chez Eurazeo. L'exemple est évidemment d'actualité mais d'autres problématiques demeurent depuis quelques années. « Les places de marché travaillent avec de nombreux marchands asiatiques », fait remarquer Florent Robert.

Une évangélisation automatique du secteur

Les plateformes de vérification d'identité pullulent depuis quelques années dont les deux plus connus sont le britannique Onfido et l'allemand IDnow. Mais ces solutions se sont spécialisées dans le BtoC, contrairement à Ondorse, dédiée au BtoB. Dans le jargon, on parle de KYB, pour « know your business », en opposition au KYC, pour « know your customer ».

Ce marché du KYB devrait atteindre les 12 milliards de dollars en 2022, contre 5 milliards en 2017, d'après OWI, un cabinet indépendant dédié aux problématiques d'identité.

Les réglementations pour lutter contre le blanchiment se renforcent depuis plusieurs années. La 5e LCB-FT, transposée en février 2020, vise notamment à renforcer la transparence des informations relatives aux bénéficiaires effectifs. « L'évangélisation de notre secteur est faite par le régulateur, c'est pratique », avoue Florent Robert, qui espère un jour que des banques utilisent aussi ses services.