A l'occasion de la Semaine européenne du développement durable toujours en cours, OuiLive, Les Ateliers Durables et l'association Coral Guardian proposent à des entreprises un challenge connecté destiné à impliquer leurs collaborateurs dans une démarche écoresponsable. Une façon originale de financer un projet de restauration de l'écosystème marin indonésien.

Ce « team building » vise à faire de la soutenabilité un élément clé de la culture d'entreprise. Mais nombre d'organisations se demandent encore « comment » procéder pour qu'elle concerne le travail quotidien de chacun.

Fresque du climat, MOOC, etc.

Ces entreprises ont compris « pourquoi » il leur faut hâter leur transition vers des modèles responsables pour, demain, se faire non seulement plus impactantes au plan environnemental mais aussi plus attractives pour les consommateurs, les investisseurs et les futurs salariés. Mais difficile pour elles de mobiliser les compétences des collaborateurs si la problématique durable ne se retrouve pas dans le descriptif des postes et la formation. Difficile aussi sans les encourager à la prise d'initiatives, sans cocréation de pratiques durables, sans s'appuyer sur une raison d'être impactante à laquelle relier les actions du quotidien et sans indicateurs de mesure à partager avec tous ceux qui interagissent avec elles, collaborateurs, fournisseurs, actionnaires et autres parties prenantes.

Nombre d'organisations passent, en phase de sensibilisation, par la fresque du climat. Conçue sous la forme d'un jeu de cartes, cette formation s'appuie sur les rapports du GIEC. « Nous disposons ainsi de plus de 80 animateurs de fresque et avons déjà formé 2.400 collaborateurs. Notre objectif, c'est 100 % de l'effectif du groupe à l'horizon 2023-2024, à l'instar d'EDF et d'autres entreprises », explique Fabrice Bonnifet, le directeur du développement durable de Bouygues. Formations basiques, avancées, pour experts... De son côté, la banque espagnole BBVA a formé près de 75.000 employés en moins d'un an.

27 % des entreprises

Pour aller plus loin, le groupe Bouygues propose aussi un jour de formation à la « prospérité sans carbone » à ses cadres dirigeants pour qu'ils comprennent les fondamentaux des modèles économiques utiles au climat. « Des séminaires internes permettent aux comités de direction des différentes entités de se comparer aux meilleures pratiques de management de la transition, afin de faciliter l'adoption de nouvelles approches compatibles avec les mégatendances », précise Fabrice Bonnifet, qui est aussi président du Collège des directeurs du développement durable. C3D qui d'ailleurs propose, gratuitement, un MOOC intitulé « Comprendre la crise écologique pour réinventer l'entreprise ». « L'urgence climatique requiert un changement de braquet dans nos démarches. Les managers doivent être en capacité́ de prendre les bonnes décisions dans l'intérêt des parties prenantes et du bien commun », justifie Fabrice Bonnifet. Ada Di Marzo, la directrice générale de Bain & Company, à Paris, ne le contredira pas sur ce point, elle qui a entamé des pourparlers avec une école afin de proposer aux consultants une formation certifiante sur le sujet, d'ici à 2022. « Avec des paliers de maturité et un nombre appréciable d'heures », précise-t-elle en soulignant que le cabinet de conseil en stratégie est, à l'échelle mondiale, « Carbon Neutral », depuis dix ans.

Il n'empêche. Les entreprises qui forment leurs salariés à une intégration des pratiques écoresponsables à leur travail (objectifs business, financiers, processus...) ne seraient que 27 % à le faire, selon une étude de McKinsey. « Double comptabilité carbone/euros comme chez Nature & Découvertes, incentives individuels et collectifs intégrés aux bonus des dirigeants ou événements d'entreprise où l'on sert essentiellement des produits locaux ou issus du commerce équitable, il importe que la logique durable imprègne tous les pans de la vie de l'entreprise », martèle Elisabeth Laville, la cofondatrice et directrice du cabinet Utopies. Car en structurant et accélérant leurs démarches, les organisations font de leur raison d'être une raison d'agir. Et permettent alors à chacun d'exercer un triple impact responsable, au plan individuel, sur l'entreprise et dans la Cité.

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