L'instruction a mis au jour "la réalisation systématique d'infractions pénales, allant bien au-delà d'un simple laisser-aller professionnel ou d'un manque de rigueur" chez ces 18 anciens de la brigade anti-criminalité, dont plusieurs ont fait deux mois de détention provisoire au début de l'affaire.

La justice reproche à la plupart d'entre eux des vols en réunion de drogue, de cigarettes ou d'argent à des revendeurs de cannabis, en marge d'interventions dans les quartiers Nord.

Alors que le procureur de l'époque avait parlé d'une "gangrène" minant cette unité lors de la révélation de l'affaire, le magistrat instructeur n'a finalement pas retenu la circonstance aggravante de "bande organisée". Faute de preuve, il a également abandonné les poursuites pour "violences volontaires".

Mais "chaque opération" des trois groupes de la Bac Nord mis en cause était devenue "prétexte, soit à l'attribution de produits en vue d'une éventuelle rémunération d'informateurs officieux, soit à un enrichissement personnel", selon l'instruction.

A l'appui de ces accusations, des heures de conversations interceptées au téléphone, ou dans les bureaux et les six voitures de la Bac qui avaient été sonorisées en 2012. Ainsi d'un voleur de chaînes en or que des policiers laissent repartir en échange d'un peu de "shit" : "Bon, allez, file-nous deux barrettes et on te laisse tranquille !"

Ou encore ce vol d'argent à un dealer gitan : "On leur avait piqué un peu de pognon, ça c'était marrant !", se remémorent les policiers entre eux. Un autre résume les méthodes pour mettre dans sa poche un paquet abandonné par un dealer ou la cartouche de cigarettes d'un vendeur à la sauvette.

Lors des perquisitions, la police des polices avait découvert de l'argent liquide et des barrettes de cannabis au domicile de certains policiers et jusque dans les faux plafonds des douches et des vestiaires de ces unités dédiées aux interventions dans les quartiers sensibles - mais pas particulièrement aux "stups".

- Meilleure Bac de France -

Dans cette affaire à propos de laquelle le ministre socialiste de l'Intérieur Manuel Valls avait promis en 2013 d'aller "jusqu'au bout", les policiers ont déjà reçu des sanctions disciplinaires. 

Trois ont été révoqués, l'un a été rétrogradé, les autres ont écopé de suspensions allant jusqu'à deux ans dont une partie avec sursis, ou de blâmes.

Avec plus de 4.000 interpellations par an, dont 45% de délits de voie publique, la Bac Nord était, avec ses 70 policiers, en termes comptables la meilleure Bac de France. Elle a depuis été dissoute sur décision ministérielle.

Pour leur défense, les policiers, des fonctionnaires payés 2.000 à 2.500 euros par mois avec souvent des enfants à charge, ont nié lors de l'enquête tout enrichissement personnel, même si la justice relève ça et là des voyages ou des rentrées d'argent pas en ligne avec leurs revenus.

Lors du procès dont la date n'a pas encore été fixée, "tout observateur objectif se rendra compte du fait que les charges retenues contre ces policiers ne résistent pas à une analyse sérieuse eu égard notamment à la connaissance par la hiérarchie policière des méthodes incriminées", estime Me Alain Lhote, avocat de l'un des principaux mis en examen.

De nombreuses conversations sont contestées, les policiers affirmant parfois avoir discuté sur le mode de la plaisanterie. Et pour les vols qui sont reconnus, comme une sacoche avec 750 euros ou des cartouches de cigarettes par exemple, ils plaident l'écart de conduite exceptionnel, ou affirment avoir voulu s'épargner une lourde procédure de saisie avant de détruire la marchandise ou de rémunérer, par la bande, un indic.