« Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? » Il n'aura pas fallu longtemps à France Stratégie pour répondre aux questions posées dimanche par Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français installant le grand débat national.

Hasard du calendrier, ce think-tank rattaché à Matignon a en effet publié ce jeudi une note au titre explicite ( « Où réduire le poids de la dépense publique ? »https://www.strategie.gouv.fr/publications/reduire-poids-de-depense-publique). La réponse apportée n'est pas sans nécessiter quelques choix douloureux.

Efforts sur les retraites et la santé

« Il est possible de baisser la dépense publique de 3 points de PIB en 5 ans tout en préservant voire en augmentant les crédits alloués à la Défense, à l'Education et à l'investissement ; mais des efforts modérés sont sans doute nécessaires pour freiner les dépenses sociales » à côté d'économies plus importantes encore sur les frais de fonctionnement et les aides aux entreprises, explique Fabrice Lenglart, le commissaire général adjoint de France Stratégie. En clair, des économies sur les retraites, la santé ou les aides sociales sont indispensables pour atteindre un tel objectif, préalable à une baisse de la pression fiscale et à une réduction de la dette.

Pour tracer ces pistes, l'institut de recherche s'est évertué à dessiner le tableau le plus complet possible de la situation de la France en la matière. Deux points saillants émergent. D'abord, la hausse des dépenses publiques a été continue depuis 20 ans (+4 points de PIB, pour un niveau total représentant plus de 56,5 % de la richesse nationale en 2017), les rares inflexions n'étant dues qu'à la conjoncture.

Redistribution efficace

Surtout, la France se distingue nettement de ses voisins, avec un niveau de dépenses supérieur de 8 points de PIB à la moyenne de 11 pays d'Europe occidentale. Comment expliquer un tel écart ? D'abord du fait du poids des retraites en France (+3,4 points par rapport à nos voisins). « La moitié de cette différence vient du fait que les autres pays n'ont pas opté comme nous pour un système presque intégralement socialisé, l'autre moitié s'explique par la générosité de nos régimes de retraite », précise Fabrice Lenglart.

Côté « pognon de dingue », la France dépense plus en matière d'aides sociales (+ 1 point de PIB). Mais cela reste moindre qu'en Europe du Nord, et surtout, cette redistribution est relativement efficace puisque le niveau de pauvreté est faible comparé à la plupart de nos voisins. Toujours dans la sphère sociale, la différence en matière de dépenses de santé est également nette (+1 point de PIB), ce qui se traduit par un reste à charge pour les ménages le plus faible en Europe.

Moins de dépenses d'éducation

Mais il n'y a pas qu'en matière sociale que la puissance publique est généreuse. La France dépense plus que ses voisins pour le régalien (+0,7 point, un écart compréhensible compte tenu du poids de la Défense), les investissements publics (+0,6 point) et surtout les aides à l'économie (rien moins que 1,9 point de PIB en plus). Il y a également des frais de fonctionnement plus élevés qu'ailleurs, mais la différence reste modérée (+0,5 point de PIB).

Enfin, la France se distingue en matière d'éducation et de recherche, mais à la baisse cette fois (-0,7 point de PIB). La différence est encore plus forte avec les pays nordiques (-2,7 points), particulièrement pour la petite enfance et l'enseignement supérieur. Pas de quoi préparer l'économie de l'innovation prônée par Emmanuel Macron.

Chemin de crête

Face à cette situation, comment réduire la dépense publique de 3 points de PIB comme l'a promis le gouvernement ? France Stratégie prône un chemin de crête. « Si l'on voulait exonérer le régalien ou la sphère sociale de tout effort, cela aboutirait à une ponction pas raisonnable sur les autres secteurs », note Fabrice Lenglart.

Le think tank semble donc pencher pour un cocktail plus équilibré, qui permettrait en outre d'augmenter les dépenses d'éducation, de défense et aussi l'investissement (jugées indispensable pour la transition écologique). Il faudra bien une baisse importante des crédits de soutien à l'économie ou des frais généraux de fonctionnement (la note relève la « dérive dans les collectivités locales » entre 2000 et 2014). Mais aussi des économies sur les retraites, la santé ou les aides à la personne. « Ce sont des efforts modérés et qui paraissent possibles. La mesure de quasi-gel des retraites en 2019 et 2020 voulue par l'exécutif permet ainsi de réaliser trois quarts des économies que nous avançons », détaille Fabrice Lenglart. Encore faut-il que l'exécutif arrive à ses fins, puisque le Conseil constitutionnel l'oblige à revenir à la charge pour 2020, ce qui n'a rien d'évident vu le contexte social.