"On n'est pas prêt de se revoir tout de suite", a lancé la présidente du tribunal correctionnel après avoir annoncé pour la deuxième fois le report du procès à une date encore inconnue, le temps de rectifier les nombreuses erreurs de procédure.

Le dossier, qui avait déjà été renvoyé le 18 mars pour les même raisons, fait ainsi état de scellés, notamment de conversations entre les prévenus et leurs avocats, qui avaient pourtant été annulés par la chambre de l'instruction, a expliqué lundi le tribunal.

Le groupe, spécialisé dans les services maritimes à l'industrie pétrolière, est poursuivi avec huit de ses anciens cadres, soupçonné d'avoir échappé aux paiement des impôts au Nigeria, en Guinée équatoriale et au Cameroun en soudoyant des agents de recouvrement. En 2011 et 2012, le montant total des pots-de-vin versés par la société, cotée en bourse, est estimé par les enquêteurs à environ 3 millions de dollars.

L'affaire avait été mise au jour par un concours de circonstances. Le 19 octobre 2012, de retour d'un voyage d'affaires au Nigeria, le directeur financier du groupe, Marc Cherqui, avait perdu son bagage et déclaré sa perte à l'aéroport de Marseille-Marignane. La valise avait finalement été retrouvée et confiée aux douanes, avec quelque 250.000 dollars en liasses de 100 dollars.

"Plus j'attends, plus c'est compliqué. Bourbon a organisé une fraude massive. J'ai une responsabilité, j'ai été un employé servile et j'ai voulu servir mon entreprise qui maintenant se décharge sur moi", a réagi M. Cherqui lundi, à l'issue de l'audience.

"Je refuse de servir de bouc émissaire", a ajouté le prévenu, aujourd'hui au chômage, qui dit "avoir envie de sortir de cette histoire et que justice passe".

Pour l'avocat du groupe Bourbon, Me Louis-Marie de Roux, ce renvoi "démontre que la défense n'a pas été assez prise en compte dans l'instruction" et dénonce une "instruction à charge": "Nous considérons que Bourbon a toujours payé des impôts en France et à l'étranger", a-t-il défendu auprès de l'AFP.

Confronté à des difficultés financières, le groupe parapétrolier a vu ses actifs officiellement cédés en début d'année à la Société phocéenne de participations (SPP), un consortium de banques créancières.