Ils sont plusieurs centaines à s'être déplacés, ce jeudi matin, pour se délester volontairement de quelques dizaines ou centaines de dollars au champ de course de Monmouth Park, l'un des quelques établissements de l'Etat à s'être vu attribuer une licence de paris sportifs.

"Ca m'économise un voyage à Vegas", explique, avec le sourire, Adam Zwicker, venus jouer 100 dollars sur du football américain et sur la Coupe du monde, qu'il voit finir dans les bras de l'Allemagne ou du Brésil.

Las Vegas a beau être mondialement connue pour ses casinos, le New Jersey se fait fort, avec sa capitale du jeu, Atlantic City, et son immense bassin de population, de la détrôner à long terme sur le marché des paris sportifs.

PDG de la filiale américaine du géant britannique des paris William Hill, qui gère cette nouvelle activité à Monmouth Park, Joe Asher estime même que le "Garden State" peut viser le double des mises effectuées à Vegas, soit dix milliards de dollars.

"La culture sportive est tellement présente dans cette partie du pays", dit-il, à l'appui de ses prévisions. Avant la légalisation de jeudi, les paris sportifs faisaient déjà partie du quotidien de beaucoup de gens dans l'agglomération de New York, "mais il fallait passer par son bookmaker", en toute illégalité.

Mi-mai, la Cour suprême américaine a levé l'interdiction des paris sportifs, ouvrant la voie aux paris légaux dans de nombreux Etats autres que le Nevada, où se trouve Las Vegas. 

Le petit Etat du Delaware a été le premier à dégainer, le 5 juin, suivi du New Jersey, jeudi.

- Comme un spectacle à Broadway -

"C'est un énorme pas en avant pour les jeux, les champs de course, pour l'économie du New Jersey", a déclaré le gouverneur démocrate Phil Murphy, venu en personne à Monmouth Park pour saluer l'événement et placer les deux premiers paris, dont l'un sur l'Allemagne vainqueure de la Coupe du monde.

Pour Monmouth Park, l'ouverture des paris sportifs est une bouffée d'oxygène, explique Jack Czajkowski, président de l'écurie Kenwood Racing, dont les chevaux courent régulièrement sur cet hippodrome.

Les courses ne se tiennent plus que le week-end, alors que Monmouth en accueillait encore six jours par semaine il y a seulement quinze ans, précise l'éleveur, qui a parié sur la victoire de la Pologne face au Sénégal, mardi, à Moscou.

Allemagne, Espagne, France, les paris se concentrent essentiellement sur les quelques favoris du tournoi.

Néanmoins, ce qui est peut-être la plus grosse mise de la matinée n'a pas été placée sur du football, mais du baseball. 

Spécialiste des cotes, dont il a fait son métier, Stu Feiner est venu de Long Island pour mettre 5.000 dollars sur les Chicago White Sox, qui affrontaient quelques minutes plus tard, à domicile, les Cleveland Indians.

"Ca permet à tout le monde de faire son +coming out+", considère ce personnage truculent, à l'accent traînant typique de Long Island. 

"Vous n'avez plus besoin de vous cacher. Vous pouvez vous amuser de façon responsable", dit celui pour qui cela revient à "aller voir un film ou un spectacle à Broadway".

Rares sont ceux qui mentionnent les risques du jeu. Ce jeudi, l'heure est aux réjouissances.

Pour l'instant, les paris sportifs ne peuvent être effectués que physiquement, dans des lieux agréés. Mais d'ici un mois, les titulaires de licence vont lancer une offre en ligne, réservée au New Jersey. 

Dans le Nevada, 60% des mises sportives s'effectuent sur internet.

"C'est plus amusant de venir ici en personne", s'enthousiasme Ty Godfrey, venu parier 50 dollars. Si quelques novices ont fait le déplacement, la plupart des parieurs présents, en écrasante majorité des hommes, sont des habitués du champ de course.

"Regardez le monde qu'il y a pour un Russie-Arabie Saoudite et imaginez le début de la saison de football américain", glisse Joe Asher. "Ca va être incroyable."