Recréer les conditions du Big Bang pour mieux comprendre la naissance de l'univers, voilà ce à quoi s'affairent les 2.500 personnes travaillant au CERN, un centre de recherche situé à la frontière entre la France et la Suisse. L'institution est particulièrement connue pour son accélérateur de particules, le LHC (Large Hadron Collider, ou Grand collisionneur de hadrons), qui lui a notamment permis de confirmer l'existence du boson de Higgs. Tout en servant ces recherches fondamentales, l'institution développe nombre de technologies susceptibles d'être utilisées par des entreprises ou des start-up, le meilleur exemple étant celui du World Wide Web, inventé au CERN par Tim Berners-Lee il y a tout juste trente ans.

Soucieux que ses recherches aient un impact direct sur la société, le CERN tient à mettre en avant ses procédés de transfert de technologie « qui s'opèrent aujourd'hui plus facilement avec les petites entreprises ou les start-up, car elles sont prêtes à prendre plus de risques que les grands groupes », constate Frédérick Bordry, directeur des accélérateurs et de la technologie du CERN.

Thérapies contre le cancer

Les domaines d'expertise de l'institution vont des senseurs à la robotique, en passant par la microélectronique et la superconductivité, permettant des applications dans la santé, l'aérospatial, l'industrie 4.0 et même la préservation du patrimoine culturel. « Nos technologies sont par exemple utilisées pour expertiser des tableaux avec des rayons X dans les sous-sols du Louvre », illustre Anaïs Rassat, responsable du transfert de technologie au CERN. Autre exemple, celui de la santé, un secteur bénéficiant massivement de technologies issues du CERN, notamment pour le développement de nouvelles thérapies contre le cancer. La start-up Adam utilise par exemple une brique technologique du CERN pour construire des accélérateurs au service de la radiothérapie ainsi que de la thérapie par protons. « Une technologie qui limite les dommages collatéraux, car les rayons ne libèrent leur énergie qu'à l'endroit souhaité, c'est-à-dire sur la tumeur », détaille Frédérick Bordry.

Pour le CERN, financé par 22 pays pour un budget annuel de 1,2 milliard d'euros, et dont les recherches se font sur des cycles extrêmement longs, le transfert de technologie est aussi une question de légitimité. Le centre de recherche ne partage pas de brevets, ni n'entre au capital des jeunes pousses qui utilisent ses technologies. Ces dernières leur sont mises à disposition sur la base de licences « dont nous ne récoltons les royalties que si et une fois que le projet est commercialisé », explique Anaïs Rassat.

Dix incubateurs en Europe

Afin d'accélérer ce transfert, le CERN s'est associé à 10 incubateurs ou accélérateurs en Europe. Nommés « Business Innovation Centers » (BIC), ils accompagnent des jeunes pousses ayant un projet en lien avec une technologie sur laquelle le CERN travaille. « Au-delà de la mise à disposition de nos recherches, notre plus-value réside dans l'accompagnement que nous leur proposons, indique Anaïs Rassat. Car sans ce dernier, il peut être particulièrement difficile de mettre la recherche du CERN en application. » Les 28 start-up accompagnées actuellement par le CERN communiquent ainsi constamment avec les chercheurs de l'institution. Cette dernière cherche par ailleurs à promouvoir l'entrepreneuriat entre ses propres murs et organise de plus en plus de conférences et d'événements encourageant ses chercheurs à lancer leurs projets.