La France couve huit des cinquante jeunes pousses européennes à forte croissance les plus prometteuses, selon la sélection annuelle de Tech Tour, opérée par des investisseurs. C'est une « scale-up » de plus que l'année dernière, qui place la France au deuxième rang de cette sélection, après les pays germanophones (Allemagne, Suisse et Autriche), qui en comptent 22, dont 13 pour l'Allemagne. « La dynamique très forte de ces trois pays peine encore à prendre en France », estime Greg Revenu, cofondateur et Managing Partner chez Bryan Garnier & Co. Et ce n'est pas faute d'un manque de financement de la croissance : « Les sources de capitaux des 'scale-up' allemandes sont internationales, et d'ailleurs, la structure de capital-développement de l'Allemagne est moins développée qu'en France », souligne-t-il.

La France bénéficie en effet de la présence de nombreux fonds d'investissement « early stage », qui financent les start-up à leurs débuts, dans des tours d'amorçage ou des Séries A. Et si les jeunes pousses françaises peinent ensuite à attirer les capitaux étrangers, essentiels à un fort développement, c'est, selon Greg Revenu, paradoxalement à cause de la présence accrue de ces fonds. « Les VC français sont nombreux mais n'investissent pas de gros volumes, s'explique-t-il. Quand ils entrent en Série A ou B, leur capacité à suivre dans les tours de table suivants est faible. »

Des investisseurs trop frileux

Une dynamique qui pousserait les investisseurs à inciter leurs jeunes pousses à la prudence, en visant la rentabilité plutôt que l'hypercroissance. « Une des angoisses des investisseurs est que l'une de leurs entreprises ait un besoin soudain de fonds qu'ils ne sont pas en capacité de fournir, observe le banquier d'affaire. Ils évitent donc les stratégies de financement agressives, et cela fait rater des opportunités de marché à celles qui se voient forcées de ralentir. » Les jeunes pousses françaises qui parviennent à tirer leur épingle de ce jeu seraient ainsi celles qui savent jongler entre rentabilité structurelle et hypercroissance, deux dynamiques aux forces opposées.

Parmi ces huit « équilibristes » sélectionnés par Tech Tour, on retrouve deux jeunes pousses opérant dans le secteur de l'assurance, Alan et Shift Technology, deux start-up B to B to C, Doctolib et Phenix, et une start-up opérant dans les cryptomonnaies et la cybersécurité, Ledger. « Ce qui les réunit presque toutes, c'est l'utilisation des données et des technologies d'intelligence artificielle », indique Greg Revenu. Les scale-up françaises de la sélection sont par ailleurs les plus jeunes, âgées de quatre ans contre huit ans en moyenne pour le reste de la sélection, ce qui laisse une belle marge de progression aux jeunes pousses de l'Hexagone.

Bien qu'en légère croissance, la France bénéficie d'une dynamique positive, ce qui n'est pas le cas de tous ses voisins. Grosse surprise de cette étude : l'effondrement du nombre de scale-up au Royaume-uni, qui passe de 17 entreprises en forte croissance sélectionnées en 2018 contre seulement 4 en 2019. Même au pays des gros tours de table, l'incertitude n'est pas bonne pour les affaires.