Réforme des retraites, deuxième acte. Ce mercredi matin, la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn, et le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, reçoivent les organisations patronales et syndicales. Objectif : dresser le bilan de la première phase de concertation, qui s'est étalée d'avril à juillet, et inaugurer la deuxième série de réunions.

Cette nouvelle séquence débute plus tard que prévu, et devrait durer jusqu'en mars − trois mois de plus que le calendrier initial. Quant au projet de loi initialement attendu avant l'été, il est désormais envisagé courant 2019. Etant donné le côté explosif et complexe de la réforme, l'exécutif se donne le temps du débat, ce qui n'est pas pour déplaire aux syndicats, qui s'impatientent néanmoins.

« On attend que le gouvernement dévoile son projet, qui selon nous va faire baisser les pensions de 90 % des actifs et surtout pénaliser les femmes », critique à l'avance Catherine Perret, la négociatrice de la CGT, qui compte bien profiter de la réunion de ce mercredi pour « exiger d'ouvrir la question de financements supplémentaires pour améliorer les droits ».

Le gouvernement devrait préciser un peu les contours de la réforme qu'il envisage, dans un document qui sera livré aux partenaires sociaux. Serge Lavagna, le négociateur de la CGC, réclame « du concret » : « Ce qui est déterminant dans un système de retraite, ce sont ses modalités de fonctionnement. Les idées générales, on pourra continuer à les ressasser jusqu'aux élections européennes, mais le temps va me sembler long... »

Lors du premier acte de la concertation, les discussions ont porté sur les enjeux du système cible : simplifier, s'adapter à des carrières plus diversifiées, gagner en lisibilité, traquer les traitements inéquitables. Un relatif consensus semble avoir émergé autour du maintien de la répartition, et d'un système englobant quasiment tous les régimes actuels, via un plafond de cotisations sur des salaires proches de 10.000 euros par mois (trois fois plus que le plafond actuel du régime de base). Ainsi, la fonction publique serait entièrement absorbée dans le nouveau système. Cependant, aucune annonce n'a été faite à ce sujet, pas plus que sur le principe, qui semble acquis, de conserver des taux de cotisations distincts selon les professions.

De nouveaux points sensibles

Les partenaires sociaux ont également abordé l'avenir des droits familiaux, des pensions de réversion, de l'égalité hommes-femmes, de la prise en compte des périodes de chômage, et de la façon dont les dispositifs de solidarité doivent être retranscrits dans le nouveau régime universel.

Trois thèmes vont désormais être abordés lors de ce deuxième acte, qui va toucher à de nouveaux points sensibles. Primo, à quelles conditions peut-on prendre sa retraite ? L'objectif sera d'assouplir les transitions vers la retraite − un thème que met également en avant la CFDT. La question polémique de la mise en place d'un « âge pivot » sera aussi évoquée. Secundo, la reconnaissance des spécificités de certains parcours professionnels. Il faudra transposer les départs anticipés pour carrière longue, mais aussi pour les catégories actives dans la fonction publique (infirmiers, pompiers, etc.), les militaires... Un dossier particulièrement épineux. Tertio, la gouvernance, l'organisation du futur système universel, son pilotage et les modalités de la transition vers ce nouveau régime.