Le gouvernement se tromperait-il de politique en matière de logement ? Les promoteurs immobiliers l'ont affirmé. Ce sont désormais les Gracques, ce groupe de réflexion rassemblant des dirigeants sociaux-libéraux, qui montent au créneau dans une note envoyée à l'exécutif.

Leur offensive part d'un constat : « Nous avons été frappés par la faible place du logement dans le plan de relance », explique Philippe Crouzel, ancien président du directoire de Vallourec. De fait, la part belle y est faite à la rénovation thermique, pas à la construction. Pour les Gracques, le gouvernement défend là une vision « malthusienne » du logement, évoquant même un « ralentissement délibéré de la construction ».

Un « cartel » pour maintenir des prix élevés

Selon eux, Bercy considère que « la France disposerait déjà de suffisamment de logements pour satisfaire les besoins » et donc qu'il faudrait « limiter la politique d'aide à la construction neuve, au profit d'une politique de soutien à la rénovation ». Le ministère de l'Economie serait en cela aidé par l'élection de maires écologistes dans plusieurs métropoles.

« Il existe aujourd'hui en France un consensus partagé par les propriétaires rentiers et les écologistes sur le fait qu'il n'est ni urgent ni utile de construire plus de logements en France », déplore Guillaume Hannezo, professeur associé à l'Ecole normale supérieure et membre des Gracques. « Limiter l'offre, c'est assurer aux propriétaires en place que les prix ne baisseront pas, [...] ce n'est pas l'intérêt collectif du pays », insistent les Gracques.

« Dans un contexte démographique dynamique, le maintien d'un effort de construction significatif est indispensable », selon eux. D'abord parce que « le phénomène du mal logement reste massif ». Ensuite parce que les prix élevés de l'immobilier dans les métropoles entament le pouvoir d'achat de nombreux Français, entraînent l'éloignement d'une partie de la classe moyenne des centres-villes et favorisent l'étalement urbain.

Risque sur la croissance en 2021

Le secteur est vital pour l'économie, la construction représentant 42 % de l'investissement total en France et 8 % des emplois. « Il faudrait orienter une partie du supplément d'épargne des ménages accumulé pendant la crise vers la construction de logement, car nous allons avoir besoin de financer ces investissements », propose Lionel Zinsou, banquier et président du « think tank » Terra Nova. « Nous ne pourrons pas nous passer du logement pour réaliser notre objectif de croissance du PIB cette année », plaide-t-il.

Le risque est réel. « Les constructions de logements neufs pourraient régresser jusqu'à 300.000, un chiffre qui ramènerait le secteur vingt-cinq ans en arrière, lorsque la population française était de 10 millions inférieure », alerte Bernard Spitz, le président des Gracques.

L'appel aux réformes

Première urgence pour ceux-ci : renouer avec un objectif chiffré de « 450.000 logements mis en chantier chaque année ». Seconde proposition : stimuler la demande dès 2021. Par exemple, une nouvelle opération construction et ventes de logements en l'état futur d'achèvement (VEFA), comme l'a fait CDC Habitat en 2020 pour 40.000 logements, devrait être lancée, estiment les Gracques.

Le groupe de réflexion lance l'idée, déjà en place au Danemark, « d'un prêt à taux négatif pour les jeunes primo-accédants ». Il faudrait aussi, à leurs yeux, stabiliser les dispositifs de soutien à l'investissement dans le logement neuf, notamment le dispositif dit « Pinel », réexaminés chaque année par les députés, faisant de facto peser un risque de changement.

Dans le parc social, « le retour des institutionnels permettrait aux bailleurs sociaux de dégager des fonds propres pour engager de nouvelles constructions, dans une logique de diversification des sources de financement ».

Enfin, il faudrait, selon les Gracques, « créer les conditions d'un choc d'offre », ce qui passe par la révision du droit de l'urbanisme, et notamment du plan local d'urbanisme. « Les choix d'urbanisme et de constructions de logements devraient être débattus et votés avec les PLU ; on devrait avoir le droit de construire là où la commune l'a décidé, sans décision arbitraire du maire lors du permis de construire », estime Guillaume Hannezo.