Au moins six personnes ont été blessées lors de ces manifestations, qui ont éclaté après le décret présidentiel révoquant l'autonomie constitutionnelle de la partie du Cachemire que l'Inde contrôle et que le Pakistan revendique

Un hôpital de Srinagar, ville principale de ce territoire, a admis six patients blessés notamment par balles, a-t-on appris auprès d'une source de cet établissement sous couvert d'anonymat. 

L'Etat himalayen du Jammu-et-Cachemire, situé dans l'extrême nord du pays, a été virtuellement coupé du reste du pays : les autorités ont suspendu les liaisons téléphoniques et la couverture internet en amont de la décision annoncée lundi par le gouvernement du Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi.

Les rassemblements publics ont également été interdits.

Des témoignages concernant la situation sur place ont pu être recueillis auprès de passagers arrivant de Srinagar à New Delhi. Un voyageur ayant requis l'anonymat a raconté avoir entendu des tirs intermittents depuis lundi ainsi que des cris de soldats durant la nuit. Les troupes gouvernementales sont déployées "tous les deux mètres", a-t-il ajouté.

"Ma voiture a été contrôlée au moins 25 fois sur le chemin de l'aéroport et il m'a fallu presque quatre heures pour parcourir un trajet qui prend habituellement à peine trente minutes", a-t-il raconté l'AFP.

Mubeen Masoodi, lui aussi à peine rentré de Srinagar, était à un mariage dimanche soir lorsque soudain les invités ont remarqué que leurs téléphones ne fonctionnaient plus. 

- "Arrestations arbitraires" -

"On était en train de manger aux environs de minuit, quand les téléphones se sont déconnectés les uns après les autres (...) et c'est alors que les gens ont réalisé que quelque chose de grave se passait et sont rentrés précipitamment chez eux".

Un autre passager, Farooq Sheikh, a confié à l'agence Press Trust of India qu'il se sentait "prisonnier dans sa propre ville".

"Le réseau mobile a été supprimé, internet suspendu, et même le câble et les lignes fixes ne fonctionnent plus. On se sentait en cage ou prisonnier dans notre propre maison, notre propre ville", a-t-il dit.

Ces témoignages sont intervenus alors qu'un porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés (HCR) Rupert Colville a jugé profondément inquiétants le coup de vis sécuritaire et l'interruption des moyens de communication.

"Nous assistons de nouveau à des restrictions généralisées des moyens de communication, peut-être même encore plus généralisées qu'auparavant, ainsi qu'à des arrestations arbitraires de dirigeants politiques et des restrictions à la liberté de réunion", a-t-il déploré mardi à Genève devant des journalistes.

New Delhi a retiré au Jammu-et-Cachemire son statut spécial garanti par la Constitution indienne, qui lui permettait jusqu'ici de légiférer sur tous les sujets à l'exception de la défense, des Affaires étrangères et des communications.

Le Pakistan, qui revendique ce territoire depuis la partition avec l'Inde en 1947, au terme de la colonisation britannique, a dénoncé une décision "illégale", alors que depuis 1989 la rébellion sanglante au Cachemire sous contrôle indien a coûté la vie à plus de 70.000 personnes, principalement des civils.

En prévision de possibles troubles, les autorités indiennes avaient déployé ces dix derniers jours plus de 80.000 paramilitaires supplémentaires dans cette zone déjà hautement militarisée.

New Delhi a démenti les informations faisant état de manifestations et assuré que la région était restée calme. "Les gens ont été très coopératifs et aucun incident violent n'est à déplorer", a assuré le chef de la police de l'Etat, Dilbagh Singh, sur les chaînes de télévision indiennes.