Eminence, Petit Bateau, Saint James, les Tissages de Charlieu, Mulliez-Flory, c'est avec un bel élan mais dans un joyeux désordre que la filière mode a répondu à l'appel du gouvernement pour la production de masques. Les entreprises ont été sollicitées par la Direction générale des entreprises pour la fabrication de masques anti-gouttelettes et simples, destinés au secteur agroalimentaire, aux éboueurs, à la grande distribution et aux établissements de santé.

Cet appel, lancé il y a quelques semaines, a tout de suite fait écho, avec des propositions dans tous les sens. Plusieurs entreprises se sont lancées sans tarder pour répondre à l'urgence. Du coup, la profession, via le Comité stratégique de filière, a décidé de mettre un peu d'ordre dans cette profusion. Avec l'idée de voir quels sont les besoins de l'Etat, afin d'adapter en face les capacités productives. Et d'éviter que ça parte dans tous les sens.

Pas encore de cahier des charges

« Il y a eu un vrai élan de solidarité, ce qui est très positif, estime Clarisse Reille, directrice du Défi, l'organisme de financement de la mode. La mise en place prend du temps, car le cahier des charges est en cours de finalisation. » C'est ce mardi que l'Afnor devrait valider un référentiel pour ces solutions de masques alternatives. Ce sont ces normes qui vont garantir leur efficacité. Jusque-là, les prototypes réalisés par les ateliers étaient envoyés à la direction générale de l'armement, qui, via des tests, vérifiaient leur niveau de protection. Cette dernière est aujourd'hui submergée par les demandes. Et du coup, la fabrication de masques à grande échelle n'a pas commencé.

Seule une poignée de sociétés, ayant eu des demandes directes de régions, de CHU ou d'Ehpad, y ont répondu dans l'urgence. En respectant l'impératif de proposer au moins trois couches de matières. Les Tricots Saint James vont ainsi fournir l'hôpital du Mont-Saint-Michel, avec l'aval de deux docteurs. Et attendent la validation de la DGA. Le fabricant de sous-vêtements Eminence, de son côté, a commencé la fabrication de masques destinés aux pompiers de l'Hérault, qui les ont testés et approuvés. « Ca a été un peu le système D », note un fabricant. Pas le meilleur moyen d'y voir clair. « Ca été compliqué de se coordonner, mais les choses se mettent en ordre, reconnaît Vanessa de Saint-Blanquat, déléguée générale de l'Union des industries textiles. Même si ce travail a été fait au niveau de chaque région, il y avait un besoin de centralisation. »

Depuis jeudi dernier, le En quelqkues jours, une centaine de candidats, dont une quarantaine de fournisseurs de textile, se sont inscrits. Avec, déjà, la capacité de produire plus de 2,5 millions de masques par semaine. Un chiffre qui va monter. « Beaucoup d'entreprises ont des prototypes prêts, s'ils sont aux normes, il suffira d'appuyer sur le bouton, reprend Vanessa de Saint-Blanquat. La filière devrait se mettre en ordre de bataille d'ici la fin de la semaine. »