Un jeune homme a été tué dans l'après-midi, selon les observations d'un journaliste de l'AFP, à quelques dizaines de mètres des bureaux de la présidence dont l'accès était bloqué par les forces de l'ordre à grand renfort de gaz lacrymogène.

Au moins sept personnes ont ainsi trouvé la mort depuis le début du soulèvement jeudi.

Un journaliste haïtien a été blessé par balle à l'avant-bras dans une rue du centre-ville de la capitale lors d'une fusillade entre des policiers et un groupe de manifestants, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les confrontations entre les forces de l'ordre et les jeunes, majoritairement issus des quartiers populaires, ont été violentes. A distance, les deux groupes se sont longuement envoyés et relancés pierres et grenades lacrymogènes.

En périphérie de la plus grande place d'Haïti, où la foule a terminé son parcours, quelques pillages ont été réalisés dans les commerces environnants.

"C'est une insurrection populaire: les Haïtiens occupent les rues donc il est clair que Jovenel (Moïse, le président NDLR) n'a d'autre choix que de remettre sa démission", a déclaré Prophète Hilaire, un des protestataires, alors que le cortège défilait encore dans un calme relatif à travers la capitale. 

"Un gouvernement qui ne peut pas donner de la nourriture et de l'eau à son peuple doit démissionner mais il faut aussi que la bourgeoisie se décide à ne plus accaparer toutes les richesses car nous, nous sommes plus nombreux du côté des quartiers populaires", a averti le manifestant.

Haïti est plongée depuis le 7 février dans une crise politique profonde: les activités du pays sont paralysées par des manifestations populaires dans les principales villes, souvent hérissées de barricades.

Mardi, les 78 détenus d'une prison d'une petite ville du sud du pays se sont évadés, à la faveur d'une manifestation contre le pouvoir qui se déroulait à proximité, selon les témoins. Une enquête doit déterminer les circonstance exactes de cette évasion spectaculaire.

La colère populaire se cristallise autour de la personne de Jovenel Moïse, au pouvoir depuis deux ans. Se voyant reprocher par les manifestants de ne pas avoir tenu ses promesses et d'avoir contribué à l'aggravation de la pauvreté, le président haïtien reste muré dans le silence.