La création d'un syndicat unique était considérée par le gouvernement comme une solution pour sortir l'île du statu quo. Les tentatives de régler localement le problème avaient échoué, pour des raisons tant politiques que financières.

Pourtant, cela fait bientôt quarante ans que la Guadeloupe connaît sur de larges secteurs du territoire des coupures d'eau, parfois durant plusieurs jours. La situation est si critique que des rotations ont été instituées pour alimenter un quartier en coupant l'eau dans d'autres.

Lors de l'étape finale de l'adoption de ce texte présenté par Justine Benin (Guadeloupe), la députée apparentée MoDem a salué ses collègues parlementaires qui ont permis de relever le "défi de l'eau en qualité, en quantité, et en continuité". Elle a également remercié les élus locaux qui ont su comprendre que cette loi "n'est pas une loi de dépossession, mais une loi de justice et d'efficacité".

Les députés comme les sénateurs s'étaient en effet émus, lors des débats, de cette intervention de l'Etat dans la gestion d'une ressource qui est partout ailleurs entièrement locale.

"Est-ce que cette problématique territoriale aurait vraiment dû se régler ici à Paris? Les Guadeloupéens doivent demeurer pleinement souverains quant à leur organisation politique interne", a ainsi déclaré le député corse Michel Castellani. 

- "De l'eau au robinet" -

Mais si ce sont les communautés d'agglomérations qui sont compétentes en matière d'eau, celles de Guadeloupe n'ont pas les moyens de subvenir au financement de tous les travaux, tout comme la régie principale, le Syndicat intercommunal d'alimentation en eau et assainissement de la Guadeloupe (Siaeag), l'ensemble des finances locales étant grevées par des masses salariales trop importantes et d'importants problèmes d'impayés.

"Avec ce texte, le Parlement a fait un premier pas important et nécessaire pour atteindre l'objectif qui nous anime tous: assurer le retour de l'eau au robinet de toutes les Guadeloupéennes et de tous les Guadeloupéens", a indiqué le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, dans un discours lu jeudi dans l'hémicycle par Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur.

"65% de l'eau qui entre dans les réseaux est perdue à cause de la vétusté des installations. Cela n'est pas acceptable en France et résume le bien-fondé de ce texte, qui n'est plus à démontrer", a-t-il rappelé.

Le syndicat mixte unique créé par cette loi réunira les cinq établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) existants ainsi que la Région et le Département dans le but de mutualiser la ressource en eau et la capacité d'investissement.

Pour mettre fin aux dysfonctionnements, ce nouvel organisme aura une "gouvernance équitable qui associe chaque collectivité et EPCI de façon paritaire : 4 sièges pour chacune", selon le ministre, et associera également la société civile et les usagers à sa gestion.

Des interrogations demeurent concernant l'importante dette fournisseurs qui va rester sur les bras des EPCI qui géraient auparavant le réseau, ainsi qu'un certain nombre de salariés qui ne seront pas repris par le nouveau syndicat. 

"Ces charges ne sauraient revenir aux seuls Guadeloupéens, (...) cela nous paraît très injuste. L'Etat doit être prêt à assumer sa part de responsabilité et être à la hauteur. Vous ne pouvez pas d'un côté vous immiscer dans une affaire locale et de l'autre vous défausser complétement lorsqu'il s'agit d'assumer financièrement la déroute", a ainsi déclaré le député PCF Alain Bruneel.

"Je me réjouis de l'adoption de cette loi", a pour sa part indiqué à l'AFP le sénateur de Guadeloupe Dominique Théophile qui estime que le Parlement "est arrivé à un texte solide". "Cela demande très rapidement, dans les prochains jours, un engagement fort des élus guadeloupéens et de tous ceux qui concourent à la question", a-t-il insisté.