C'est un chiffre qui peut faire peur. En cas de hausse des taux d'intérêt de 50 points de base l'an prochain par la Banque centrale européenne (BCE), les entreprises françaises pourraient voir leur charge d'intérêts augmenter de 14 milliards d'euros. C'est ce que les économistes d'Euler Hermes ont calculé. « Nous pensons qu'une hausse de 50 points de base du taux directeur de la BCE se traduit par un renchérissement du coût de financement, aujourd'hui proche de 2 %, de 35 à 40 points de base pour les entreprises françaises », explique Ana Boata, économiste chez Euler Hermes.

La charge d'intérêt des entreprises françaises, qui atteignaitenviron 67 milliards d'euros en 2017, augmenterait de l'ordre de 20 %. Les entreprises ont, dans l'immense majorité d'entre elles, les moyens d'y faire face, mais ces 14 milliards d'euros représentent tout de même 3,7 % de leur excédent brut d'exploitation. A l'échelle de la zone euro, ce sont quelque 60 milliards d'euros par an que vont devoir payer en plus à leurs créanciers les entreprises européennes en cas de durcissement monétaire. Celui-ci est probable. Lors de sa dernière réunion, la BCE a indiqué son intention de mettre fin à son programme de rachat de titres d'ici à la fin de l'année et de ne pas procéder à une hausse des taux avant l'été 2019. Les marchés en ont logiquement déduit que les taux seraient relevés au cours de la deuxième moitié de l'année prochaine. Le problème pour les entreprises françaises, c'est qu'elles sont relativement plus endettées que les autres.

A la fin de l'an passé, la Banque de France considérait que leur endettement représentait 71,8 % du PIB, contre 67,2 % pour les firmes italiennes, et seulement 36,7 % pour leurs concurrentes allemandes.

Avec un facteur aggravant, alors qu'elle recule désormais pour les entreprises espagnoles et italiennes, la dette des sociétés françaises est en hausse quasi-constante depuis la crise. Dans un environnement de taux très bas, il n'est évidemment pas absurde de s'endetter pour investir. Mais ce mouvement intervient après des années de vaches maigres pour les entreprises françaises, au cours desquelles les marges ont été faibles et il a fallu contracter des emprunts pour financer les investissements. Résultat, aujourd'hui, les entreprises françaises sont les plus exposées à une hausse des taux dans la zone euro.

L'inquiétude du FMI

Déjà à la fin 2017, le régulateur français avait mis le holà à la progression de l'endettement en obligeant les banques françaises à plafonner leur exposition aux grandes entreprises les plus endettées. Et, le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) notait, inquiet, que « comme les conditions financières demeurent souples, l'endettement privé est en hausse, surtout dans certaines parties du secteur des entreprises, ce qui pourrait conduire à des déséquilibres lorsque les taux d'intérêt se normaliseront ».

D'autres analyses sont toutefois plus rassurantes : l'Insee estimait l'an passé que l'endettement était le fait de grandes entreprises de l'industrie manufacturière qui, par ailleurs détenaient des liquidités importantes. Plus de 40 % de l'encours de la dette est porté par les grandes entreprises, qui disposent en effet de liquidités importantes.