En apparence, cela baisse. En réalité, cela ne devrait plus tarder à monter très vite. Au troisième trimestre, les défaillances d'entreprises ont de nouveau reculé en France . La société Altares a recensé 6.700 défaillances entre juin et septembre 2020, soit une baisse de 35 % par rapport à la même période de 2019. Depuis janvier, les tribunaux ont prononcé 24.000 ouvertures de procédures collectives, soit le plus bas niveau de défaillances depuis 1989, malgré la crise du Covid. Ou plutôt « grâce » au virus, si l'on peut dire. Car cette baisse est évidemment en trompe-l'oeil.

Elle s'explique par les dispositifs de soutien aux entreprises, comme les prêts garantis par l'Etat et l'activité partielle prise en charge en grande partie par les finances publiques. Mais le moratoire décidé par le gouvernement sur les procédures collectives, entre le 20 mars et le 24 août, a aussi joué un rôle important dans ce recul.

Manque d'accompagnement

Toutefois, « derrière ces chiffres, on peut voir des signaux plus inquiétants. Alors que les liquidations judiciaires représentent traditionnellement un peu plus des deux tiers des procédures, au troisième trimestre 2020, elles ont concerné plus de trois entreprises sur quatre qui sont allées au tribunal », remarque Thierry Millon, directeur des études chez Altares. « Clairement, cette tendance indique que les entreprises qui aujourd'hui se présentent devant le tribunal sont dans une tellement mauvaise santé financière que celle-ci ne leur permet plus de continuer leur activité », poursuit-il. Bref, les chefs d'entreprise se tournent vers la justice quand il est déjà trop tard.

« Les entreprises françaises tombent à cause d'un manque d'accompagnement. Il faut absolument qu'elles aillent voir les tribunaux en amont », insiste le spécialiste. D'où l'appel dans «Les Echos» de Georges Richelme, le président de la mission lancée par le garde des Sceaux pour aider les entreprises en difficulté, à se diriger vers les tribunaux dès les premières difficultés.

La conciliation, une solution possible

En effet, des solutions existent, comme la conciliation par exemple. « Cette procédure permet souvent à l'entreprise de poursuivre son activité, tout en restructurant sa dette, explique Thierry Millon. Les trois quarts des conciliations permettent aux entreprises de s'en sortir alors que ce n'est le cas que du quart de celles qui sont en redressement judiciaire », met-il en avant. D'ailleurs, « entre 30 % et 40 % des entreprises qui vont au tribunal y sont contraintes, souvent parce qu'elles sont assignées. Or, le meilleur moyen de s'en sortir, c'est d'y aller le plus tôt possible ».

C'est pourquoi beaucoup craignent une vague de faillites dans les prochains mois. « Le quatrième trimestre risque d'être difficile, d'autant que la situation sanitaire et les nouvelles restrictions sont de nature à compromettre le rebond de cet été », prévoit Thierry Millon. L'assureur-crédit Euler Hermes anticipe, lui, 64.000 défaillances l'an prochain, une hausse de 25 % par rapport à 2019.

De son côté, le gouvernement étudie plusieurs solutions pour pousser les entreprises à se tourner vers les tribunaux et mieux les accompagner. « Nous travaillons sur les signaux faibles, tels que les retards de paiement de TVA, de cotisations sociales ou de remboursement d'emprunt. A partir du moment où un clignotant s'allume, il faudrait qu'un interlocuteur, de la sphère étatique ou judiciaire, puisse appeler le chef d'entreprise pour régler les problèmes au plus vite », indique-t-on à Bercy. Et plus l'épidémie dure, plus le temps presse.