Les loueurs de voitures peuvent souffler : après les incertitudes du printemps, l'amélioration de la situation sanitaire leur laisse espérer une belle saison estivale. Et même si les touristes étrangers seront moins nombreux qu'a l'accoutumée, la principale préoccupation des professionnels est aujourd'hui de trouver assez de véhicules pour satisfaire la demande cet été, avec d'ores et déjà des coups de chaud annoncés sur les prix.

A moyen terme, les grandes enseignes ont toutefois des raisons de s'inquiéter. Les difficultés financières d'Europcar, Avis ou Hertz ont souligné la fragilité du modèle économique dominant dans le secteur. Surtout, leur parcours client reste plus que perfectible, ce qui laisse un boulevard à de nouveaux entrants - parmi lesquels trois start-up françaises, Virtuo, Carlili et Toosla.

Ces jeunes pousses sont toutes parties du même constat : louer une voiture dans une agence classique est rarement un moment agréable, et peut parfois devenir une épreuve. Temps d'attente qui s'allonge les samedis de départ en vacances, démarches répétitives, siège auto réservé en ligne mais finalement en rupture de stock...

« Pas de mauvaise surprise »

Pour supprimer une partie de ces insatisfactions (et alléger dans le même mouvement les frais fixes), les trois start-up ont opté pour un fonctionnement sans agence. La réservation du véhicule et l'ensemble des démarches se font par le biais de l'application smartphone.

Chez Virtuo et Toosla, la voiture est ensuite retirée dans une « station » (le plus souvent un parking souterrain), la portière étant déverrouillée grâce au smartphone. Chez Carlili, le véhicule est systématiquement livré à domicile, puis récupéré, par un « car-sitter ». Un service facturé 20 euros, que ses deux concurrents proposent désormais en option.

Autre spécificité revendiquée par Virtuo et Toosla : la voiture que le client va conduire est bien celle qu'il a réservée. « Avec un loueur classique, on réserve une catégorie de voitures, explique un dirigeant du secteur. Mais le modèle en photo sur le site est souvent celui dont il a le moins d'exemplaires, car c'est celui qui coûte le plus cher. »

Là, « pas de mauvaise surprise : le client a le modèle qu'il a choisi, avec les options indiquées », pointe Panayotis Staïcos, directeur général de Toosla, qui ne loue que des BMW, des Mercedes et des Tesla. L'état des lieux avant et après la location ne disparaît pas, mais il est réalisé lui aussi sur smartphone. Une photo permet d'ajouter la rayure ou les bosses qui n'y sont pas portées.

Service d'assistance à distance de haut niveau

En cas de problème ou de demande de renseignement, ces jeunes pousses revendiquent un service d'assistance à distance de haut niveau. Tenir cette promesse sera déterminant pour leur succès, car c'est lorsque survient un imprévu qu'on apprécie d'avoir un interlocuteur derrière un comptoir.

Chacune de ces start-up creuse son sillon, tout en cultivant la discrétion sur leurs chiffres d'activité. Avec 350 véhicules dans son parc, Toosla est présent à Paris, Neuilly et Madrid. Carlili couvre 9 villes en France et en vise 45 d'ici à 2025.

Virtuo est clairement celle qui a le vent dans le dos : la jeune pousse a sécurisé le mois dernier 80 millions d'euros de financement, dont une levée de fonds de 50 millions menée par AXA Ventures Partners.

« Cette levée de fonds est un message envoyé à tout le secteur, estime un dirigeant. Elles soulignent que ces nouveaux services répondent à une vraie demande. Les autres acteurs vont devoir s'adapter ».

Aucune de ces trois start-up ne cherche toutefois à s'octroyer l'ensemble du marché. Après avoir initialement ciblé la clientèle affaires, Virtuo a ajusté son modèle et se concentre sur celle des grandes agglomérations, comme Carlili et Toosla. Les touristes étrangers, ceux qui louent en aéroport ou dans les gares, sont laissés aux enseignes classiques.