Mercredi soir, Theresa May a survécu à un vote délicat lors de l'examen du projet de loi destiné à mettre fin à la suprématie du droit européen sur le droit britannique, et à organiser la transposition de certaines règlementations européennes.

Les débats portaient principalement sur le maintien de liens économiques entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Les députés ont voté contre un amendement des Lords qui aurait obligé le gouvernement à chercher à négocier une union douanière, dans le cadre de la future relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, après le Brexit.

Le gouvernement a trouvé un arrangement avec sa majorité et un amendement de compromis, porté par des députés tories pro et anti-Brexit est passé.

La veille, les députés avaient rejeté au grand soulagement de Mme May un amendement qui aurait donné au parlement un droit de veto sur le résultat des négociations avec Bruxelles alors que la majorité des parlementaires britanniques refusent que leur pays quitte l'UE sans accord.

Le Labour a quant a lui affiché ses divisions, un large groupe de rebelles refusant de suivre les consignes de leur parti et votant mercredi pour maintenir le Royaume-Uni dans le marché unique.

Pour gagner ces votes, Theresa May a promis d'offrir au Parlement un droit de regard sur le futur accord de sortie. Mais la teneur exacte des concessions restaient floues, permettant à chaque camp -europhobes et europhiles- de crier victoire.

"Ce qui a été convenu, c'est que la Première ministre a compris que le Parlement veut avoir son mot à dire, en toute circonstance, sur l'accord final du Brexit", s'est ainsi réjouie la députée conservatrice pro-UE Nicky Morgan sur la BBC.

Elle s'est dite convaincue que les députés conservateurs rebelles, prêts à voter l'amendement, n'ont pas été "manipulés" par le gouvernement, et qu'ils obtiendraient bien un vote à l'issue des négociations entre Londres et Bruxelles. 

"Il était très important pour nous d'obtenir l'assurance personnelle de la Première ministre. Et nous l'avons eue", a-t-elle ajouté, tandis qu'un autre député pro-UE, l'influent Dominic Grieve, a prévenu que si les promesses n'étaient pas suivies d'effets, "l'affaire n'en resterait pas là".

Theresa May a fait un pas dans leur direction en reconnaissant que le gouvernement avait besoin du "soutien" des parlementaires, lors de la traditionnelle séance hebdomadaire de questions à la Première ministre.

Mais elle a aussi clairement signifié que "les mains du gouvernement ne peuvent pas être liées par le parlement" dans les négociations sur le Brexit. "Je ne peux pas accepter que le Parlement puisse renverser la volonté du peuple britannique" de sortir de l'UE, a-t-elle insisté.

- Court répit -

Le répit obtenu par Mme May risque de toute manière d'être de courte durée, puisqu'une nouvelle version du texte du gouvernement sera présentée jeudi, avant un vote lundi devant la chambre des Lords.

Craignant que le projet de loi ne finisse par délivrer un Brexit édulcoré, les conservateurs eurosceptiques ont appelé la dirigeante à rester ferme.

Fustigeant les méthodes des pro-UE, le député conservateur John Redwood a estimé que leurs doléances cachaient en réalité une "intention de renverser la décision du peuple britannique".

"Je pense que la Première ministre est dans une situation difficile. Parce que s'il y a deux interprétations différentes des engagements qu'elle a pris, nous nous en rendrons compte très vite", a résumé le député travailliste Hilary Benn, président de la commission parlementaire sur le Brexit.

La séance de questions à Mme May a été troublée par l'expulsion du chef du groupe SNP (indépendantistes écossais) Ian Blackford, qui protestait contre l'absence de débat consacré aux pouvoirs dévolus à l'Écosse lors de l'examen du projet de loi.

L'élu s'est vu ordonner de quitter les lieux par le président de la chambre des Communes, John Bercow, les autres députés SNP l'accompagnant alors par solidarité en manifestant bruyamment leur mécontentement. Ils sont revenus voter mercredi soir, à l'exception de leur chef.

Adopté en première lecture en janvier, le projet de loi sur le Brexit avait été largement amendé par la chambre des Lords, la chambre haute du Parlement britannique, allant à l'encontre de la ligne gouvernementale, que Theresa May tente de restaurer devant les députés.