Mardi 19H00. C'est le coup de feu dans ce petit restaurant de 25 tables ouvert midi et soir à quelques pas du quartier des Halles, et Shayan Mohammadi enchaîne les commandes dans un français quasi parfait. "Ici nous cuisinons le kabuli, le plat le plus festif d'Afghanistan", souligne ce jeune Afghan de 21 ans.

Au menu donc, ce plat cuisiné avec du riz, des raisins secs, carottes et de la sauce épicée, auquel peut être ajouté du poulet ou des boulettes de viande appelées kofté, mais aussi des bolanis (plat frit) aux épinards ou des sandwiches au riz.

Arrivé à Paris en mars 2017 après avoir passé deux ans en Suède sans réussir à obtenir de visa, Shayan a rapidement obtenu l'asile en France. Papiers en poche, il a pu travailler 9 mois dans un magasin de prêt-à-porter, avant de se lancer dans le projet du Kabul Kitchen avec Fatima.

"C'est un accomplissement d'ouvrir mon restaurant en France: je vais faire découvrir la culture de mon pays à ceux qui m'ont accueillis et surtout montrer une belle image des réfugiés", raconte Shayan, tablier et chemise noirs. Pour ce musicien, la cuisine, qu'il ne faisait pas quand il vivait encore en Afghanistan ou au Pakistan, car "réservée aux femmes", est "un lien fort" avec son pays.

Depuis le matin, son compatriote Ali Mohmmad Hussaini s'active en cuisine pour préparer les plats de la journée : préparation des aubergines, des lentilles corail, du poulet... Les restes sont distribués aux personnes dans la rue.

- "Un rêve" -

Après un parcours chaotique, balancé entre la Norvège, l'Afghanistan, Calais et la Belgique, Ali, 35 ans, a trouvé de l'aide à Paris grâce à Fatima et a pu se joindre au projet en tant que cuisinier, "un rêve qu'il n'aurait pas imaginé il y a quelques mois". 

D'origine algérienne, Fatima s'est intéressée à la cause des migrants à la mort de son père : "à la fin de sa vie, il m'a raconté son arrivée en France en 1962 où il a été grandement aidé par une personne à Tours, c'était la première fois qu'il m'en parlait. J'ai pris cela comme un message subliminal". 

Alors, dès 2015, Fatima a pris de son temps pour aider des migrants gare de l'Est. C'est dans ce campement qu'elle a rencontré Reshad Nikzad, un artiste afghan de 29 ans, qui a dû fuir son pays alors qu'il était présentateur télé. C'est "grâce à lui", qu'elle a fait la connaissance ensuite de Shayan et d'Ali, avec qui elle a lancé le projet du Kabul Kitchen.

Comme un symbole, c'est Reshad qui a dessiné le logo et décoré la façade du restaurant : Kabul Kitchen, écrit en français et en afghan.

Installée à une table au soleil, Dany Shatter, une employée de 70 ans qui travaille dans le quartier, se dit "conquise par le concept et touchée par l'histoire de ces jeunes hommes". 

"J'espère que les plats seront aussi bons que ceux de ma mère", sourit quant à lui Maxime un client d'origine afghane, qui se réjouit de l'ouverture d'un restaurant proposant la cuisine de son pays.