Le souverain omanais est décédé tard vendredi, à 79 ans, après avoir régné pendant près de 50 ans, et a été remplacé quelques heures plus tard par son cousin Haitham ben Tarek, selon le souhait exprimé par le défunt dans une lettre.

Le sultan Qabous a modernisé son pays et lui a forgé le statut d'une nation neutre et d'un médiateur sollicité pour faciliter des solutions aux crises régionales et internationales, comme sur le dossier du nucléaire iranien.

Oman a ainsi joué un rôle discret dans le dialogue entre Téhéran et Washington qui avait abouti à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, qui a été dénoncé unilatéralement trois ans plus tard par le président américain Donald Trump.

Pour maintenir le statut de son pays, le nouveau sultan doit savoir naviguer dans un environnement géopolitique compliqué et faire face à des défis économiques, selon les experts.

- "Coexistence et non-ingérence" -

Dans son premier discours samedi, le nouveau sultan s'est engagé à "suivre la voie tracée par le sultan défunt".

Haitham ben Tarek a ainsi promis de poursuivre une "politique étrangère basée sur la coexistence pacifique entre les nations (...) et sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres, dans le respect de la souveraineté des nations et de la coopération internationale".

"Le sultanat d'Oman continuera sans doute à suivre la même politique, dont il a tant bénéficié", confirme Bader al-Saif, professeur à l'Université de Koweït et chercheur associé au centre de réflexion de Carnegie Middle East Center.

"En acceptant le choix de Qabous de son successeur, la famille royale a adopté (en quelque sorte) la politique étrangère du défunt sultan", estime-t-il.

Selon lui, la rapidité avec laquelle la famille royale a organisé la succession est un "message au peuple omanais et aux pays de la région pour dire que la situation est sous contrôle".

Outre la politique étrangère, le nouveau sultan doit mettre en œuvre "Vision 2040", un programme de réformes sociales et économiques visant à réduire les déficits élevés, la dette extérieure et le chômage des jeunes.

"La meilleure garantie de la neutralité d'Oman sera une restructuration économique réussie qui (...) évite de trop dépendre d'une autre puissance", souligne Kristin Diwan, de l'Arab Gulf States Institute de Washington.

- "Perpétuer l'héritage" -

Le nouveau sultan a tout "intérêt à se présenter comme quelqu'un qui va perpétuer l'héritage d'un leader tel que Qabous, qui était considéré comme ayant réussi" à transformer son pays en lui donnant une stature régionale, a souligné Sanam Vikil du cercle de réflexion Chatham House.

"Je pense que le message de continuité est très important parce qu'Oman fait face à des vulnérabilités économiques ainsi qu'à des défis (dans la région) où on assiste à des politiques étrangères émiratie et saoudienne qui s'affirment", explique-t-elle.

Fidèle à la politique de neutralité dans le Golfe, Oman "résistera à toute pression des Etats voisins pour choisir un camp", juge Kristian Ulrichsen du Middle East Rice University's Baker Institute.

Oman, sous le règne de Qabous, est resté neutre dans le conflit entre l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d'une part et le Qatar de l'autre.

Ryad et Abou Dhabi boycottent depuis juin 2017 Doha en l'accusant, notamment, de soutenir des mouvements extrémistes, ce qu'il dément.

Au Yémen, où les Saoudiens et les Emiratis sont engagés militairement contre les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, Mascate a maintenu des contacts entre tous les protagonistes desquels il reste à égale distance.

Tous les acteurs du Moyen-Orient ont rendu hommage au sultan Qabous, des Etats-Unis à l'Iran, en passant par l'Arabie saoudite, le Qatar et Israël.

Contrairement à ses voisins arabes, Oman a maintenu de bons rapports avec Téhéran, pour qui la disparition du sultan est une "perte pour la région".

A l'occasion des cérémonies d'hommage au sultan Qabous dimanche dans le palais royal de Mascate, le nouveau souverain a notamment reçu le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, le prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, et l'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

Etaient également présents le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, le chef d'Etat tunisien Kais Saied, le Premier ministre britannique Boris Johnson, le prince Charles et l'ex-président français Nicolas Sarkozy.