Frugales, agiles, résilientes, circulaires… Les start-up africaines n’ont pas fini d’étonner. En une décennie, leur capacité à innover envers et contre tout est désormais reconnue et devient une réelle source d’inspiration pour le reste du monde. Voici quelques exemples de start-up qui font bouger l’Afrique, un continent où l’on apprend à faire plus avec moins, à sauter les étapes et aller plus vite, même lorsqu'on part de rien.

Obami : la plate-forme pour apprendre autrement en Afrique du Sud

Comment améliorer le niveau de l’enseignement en Afrique du Sud, un pays récemment classé par le World Economic Forum à la 143e place mondiale (sur 144) pour l’enseignement des mathématiques et des sciences?

C’est pour relever ce défi que la plate-forme Obami a été fondée en 2009 par Barbara Mallinson. Véritable agora numérique, accessible par ordinateurs et portables interposés, Obami fonctionne comme un réseau social. Elle met en relation enseignants, élèves et parents, et dispose d’un espace où les écoles et les organismes universitaires peuvent échanger, découvrir de nouvelles tendances en matière d’éducation, partager leurs ressources et lancer des projets. Au total, 450 organisations sont enregistrées pour accompagner près de 45 000 apprenants, étudiants ou professionnels.

Au fil des années, des résultats probants ont été obtenus, comme ces enfants de 7 ans capables de créer leurs propres sites Internet. La plate-forme peut aussi se flatter d’avoir réalisé une première en Afrique : rendre accessible des dizaines de milliers de documents numérisés pour les étudiants, et d’être citée dans de nombreux classements comme l’une des initiatives citoyennes les plus innovantes d’Afrique.

Cardiopad : la tablette conçue pour sauver des vies au Cameroun

D’apparence ordinaire, le Cardiopad est une tablette qui permet à toute personne, même peu formée, de mesurer les données physiologiques du cœur : fréquence des pulsations, durée des « intervalles RR » entre deux battements... Les informations calculées, visualisées et enregistrées par la tablette peuvent être transmises à distance de façon simultanée à un cardiologue. Cet appareil, particulièrement prometteur au Cameroun, qui ne compte que 50 cardiologues pour 20 millions d’habitants, a été conçu en à peine cinq ans par un jeune ingénieur de 27 ans, avec aucun moyen propre au départ.

Tout a commencé en 2009, où, alors étudiant en informatique à l’école polytechnique de Yaoundé, Arthur Zang fait un stage dans le service de cardiologie du professeur Samuel Kingue. Surpris qu’au XXIe siècle, l’électrocardiogramme soit encore utilisé en version papier, il propose au professeur de concevoir un logiciel utilisable sur ordinateur.

Entre 2010 et 2014, cet inventeur tenace ne comptera que sur les moyens disponibles gratuitement en ligne pour mener à bien son projet. Par exemple, pour se former à l’électronique, afin d’adapter son système à une utilisation sur tablette, Arthur Zang va suivre à distance et pendant un an les cours d’un Mooc trouvé sur le site de l’Indian Institute of Technology. Pour obtenir certains composants électroniques nécessaires à la construction du prototype, l’informaticien soumet son idée à un concours international, qu’il découvre en ligne. Pour le financement, il fait preuve d’une autre initiative numérique : il filme son projet et le poste sur YouTube. La vidéo parvient jusqu’au président camerounais qui lui remet officiellement 45 000 dollars pour poursuivre l’aventure. L’arrivée d’autres investisseurs permettront à Arthur Zang de concrétiser finalement son projet. Mais il voit déjà plus loin. Son prochain défi ? Permettre de réaliser une échographie à distance via tablette interposée.

Le Ghana : premier pays au monde à s’appuyer sur la blockchain pour sécuriser son cadastre avec Bitland

Pour résoudre les problèmes liés à l’absence de registres et de cadastres au Ghana (90 % des zones rurales ne sont pas répertoriées en Afrique), l’ONG Bitland s’est tournée vers la blockchain. Il s'agit d'une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente et sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle qui a été au départ conçue pour la monnaie Bitcoin.

Grâce à cette innovation numérique, un registre de propriété transparent et infalsifiable en ligne a vu le jour. Les particuliers peuvent ainsi bénéficier des services de l’Etat, qui de son côté, pourra désormais percevoir les taxes.
La technologie blockchain pourrait être utile à d’autres domaines : les brevets, les votes, les instruments financiers, l’immobilier, les jeux, les réservations...