Les fabricants de smartphones ne sont pas mécontents de tourner la page de 2020. Les ventes de téléphones ont subi un choc inhabituel en raison de la pandémie. Selon le cabinet d'analyses Gartner, il s'est écoulé moins de 1,4 milliard d'unités à travers le monde l'an passé - soit 11 % de moins qu'en 2019.

Certes, cela faisait plusieurs années que la déprime s'était installée. Dès 2018, le marché s'était retourné, après une exceptionnelle décennie de croissance. Le repli constaté depuis tenait à plusieurs raisons : un taux d'équipement élevé des clients, l'allongement de la durée de vie des terminaux ou encore la percée rapide des appareils reconditionnés. Mais cette lente érosion n'avait rien à voir avec la brutalité du Covid-19.

Un doublement des ventes

Constructeurs, opérateurs et distributeurs veulent désormais croire que 2021 sera l'année du rebond. Les analystes en sont convaincus. Selon Gartner, les ventes de smartphones mondiales devraient repartir en hausse de 11 % en 2021, pour retrouver à peu de chose près leur niveau de 2019.

« La crise sanitaire a eu un double effet. D'un côté, elle a mis en exergue les besoins numériques et accentué notre dépendance aux smartphones. De l'autre, elle a décalé les achats, rendus matériellement plus compliqués, souligne Roberta Cozza, analyste chez Gartner, pour expliquer ce nouveau souffle très attendu. Et la 5G est un élément essentiel de cette projection. » Les transactions sur les smartphones 5G vont plus que doubler cette année pour représenter plus d'un tiers du total mondial (contre 17 % en 2020), selon Strategy Analytics.

2020 a vu le lancement commercial du nouveau standard de téléphonie à travers le monde - d'abord en Asie (Corée du Sud, Japon, Chine) puis aux Etats-Unis et, en fin d'année, en Europe occidentale. Mais jusqu'à présent, les appareils 5G étaient chers, les réseaux souvent embryonnaires et les bénéfices pour le consommateur encore flous. « De plus, en l'absence de trajets domicile travail, le wi-fi suffit à couvrir les besoins de connectivité mobile dans bien des cas », relève Roberta Cozza.

Plus rapide que la 4G

Mais 2021 devrait bien être l'année de la bascule. D'abord parce que le prix des appareils compatibles avec la 5G baisse à vue d'oeil. Les premiers articles sous la barre des 250 euros apparaissent et une large gamme permettra aux consommateurs de ne plus avoir à choisir entre la 5G et un terminal à un prix raisonnable. Ensuite, parce que les réseaux se déploient rapidement - particulièrement en Asie et en Amérique du Nord.

Même en France, où le rythme est moins soutenu, Yan Liu, le directeur général de Xiaomi France, est convaincu que l'argument de la couverture ne retiendra pas longtemps les consommateurs. « Nous en avons déjà fait l'expérience avec le passage de la 3G à la 4G. Les réseaux mettent jusqu'à cinq ans à se déployer, mais les grandes villes vont être couvertes très rapidement. » De quoi convaincre au moins les urbains de sauter le pas.

Les industriels sont même convaincus que la bascule sera plus rapide que pour la 4G. Qualcomm, le numéro un mondial des puces électroniques pour la connectivité des appareils mobiles, explique ainsi que, pour la première fois, le déploiement de la technologie est relativement homogène à travers le monde, ce qui se traduit par un marché global unifié très tôt, et donc plus rentable pour les constructeurs. « En deux ans, la 5G s'est déclinée sur l'ensemble de notre gamme. C'est deux fois plus rapide que le temps que cela a pris pour la 4G », expliquait en septembre Jean Varaldi, directeur marketing chez Qualcomm France. Les fabricants de smartphones espèrent bien que l'accélération sera identique en boutique.