L'exercice tient parfois de la cartomancie. Mais il ne fait pas peur aux économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), habitués aux aléas de la conjoncture économique, mais peut-être moins aux tergiversations des responsables politiques. L'OFCE a en effet présenté ce mercredi une évaluation des politiques publiques que le gouvernement compte mener sur le quinquennat. Avec les changements de pied de l'exécutif de ces derniers jours, et tout dernièrement l'interview du Premier ministre dans nos colonnes, on comprend toute la difficulté que recèle un tel travail. L'OFCE projette un tableau plutôt positif de l'économie française après cinq ans de mandature Macron : une croissance de 1,6 % en moyenne, un déficit qui baisse à 1,4 % du PIB en 2022 et un chômage qui tomberait à 7,6 % à cette même date, presque le niveau de 2008.

« L'enseignement de notre évaluation est que la France devrait sortir du bras correctif de la procédure de déficit excessif sans pour autant devoir sacrifier trop de croissance », souligne l'OFCE. En somme, un déficit maîtrisé, « et en même temps » une croissance qui repart, certes lentement. Dans le détail toutefois, l'OFCE n'est pas toujours en accord avec les prévisions du gouvernement. A commencer par l'estimation de la baisse des dépenses publiques.

Emmanuel Macron promet 80 milliards d'économies, ce serait plutôt 40 milliards selon l'OFCE. Pour deux raisons. La première, c'est que les économies sur l'assurance-chômage réalisées par la baisse du chômage ne peuvent pas être considérées comme structurelles. La seconde, c'est que l'évaluation des économies par rapport à leur tendance spontanée, comme le fait le gouvernement, est beaucoup plus optimiste que celles mesurées par rapport au taux de croissance du PIB potentiel, comme le fait l'OFCE.

Hausse du prix du tabac

L'autre écart important entre l'OFCE et le gouvernement tient au volume des baisses d'impôt. Selon le chiffrage de l'OFCE, les prélèvements obligatoires pour 2018 vont baisser de 7 milliards (en tenant compte de la taxe d'habitation, de la réforme de l'impôt sur la fortune et de la baisse de l'impôt sur les sociétés, mais sans tenir compte du prélèvement unique forfaitaire (PFU) de 30 % sur les revenus du capital, ce qui peut expliquer une partie du delta avec le chiffre de 11 milliards du gouvernement), mais, surtout, ces 7 milliards devraient être compensés à hauteur de 5 milliards par la montée de la fiscalité écologique et la hausse du prix du tabac (5 milliards sur trois ans selon l'OFCE), deux réformes que le gouvernement s'est bien gardé de chiffrer totalement jusqu'à présent.

Au-delà des divergences sur les chiffrages et des interrogations encore nombreuses sur le déploiement du plan d'investissement de 50 milliards notamment, l'OFCE est surtout perplexe sur le niveau de redistribution des mesures prévues. En tenant compte des principales mesures fiscales programmées par le gouvernement (ISF, PFU, prime d'activité revalorisée, exonération des heures supplémentaires, taxe d'habitation, revalorisation de certains minima sociaux...), l'OFCE estime que 46 % du gain fiscal issu de ces mesures bénéficiera au dernier décile, c'est-à-dire aux 10 % des ménages les plus aisés.

« Avec les réformes de l'ISF et du PUF, on arrive à un coût de 7 milliards d'euros [bien plus que l'estimation du gouvernement, NDLR], pour des mesures qui bénéficient exclusivement aux ménages les plus aisés », souligne Xavier Timbeau, directeur de l'OFCE. C'est même le dernier décile de la distribution des niveaux de vie (les 280.000 ménages les plus riches), qui en bénéficient plus particulièrement, note l'OFCE. « On peut parler de choc fiscal, mais davantage destiné aux plus riches. Finalement, cela ressemble beaucoup à ce qu'a fait Sarkozy en 2007 », conclut Xavier Timbeau.