Elle a échoué sur les ordonnances, mais elle ne lâche pas le morceau. La CFDT espère bien réussir à tordre le bras de Bruno Le Maire et obtenir des mesures importantes pour construire une codétermination à la française dans la future loi entreprise. Et cette fois-ci, l'exécutif ne pourra pas dire que le dossier ne semble pas être une priorité cédétiste. La centrale, qui a présenté mi-décembre ses propositions sur le sujet, est revenue à la charge jeudi lors d'un colloque organisé à son siège confédéral, à Paris, à l'intitulé explicite : « Partageons le pouvoir ! Construire une codétermination à la française ? »

La participation financière aux résultats de l'entreprise, c'est bien, mais « ces questions ne doivent pas éclipser celle plus globale de l'équilibre des pouvoirs dans l'entreprise », a insisté à cette occasion son numéro un, Laurent Berger. « Il ne suffit pas de partager la richesse, il faut aussi partager le pouvoir », a-t-il souligné. Et d'ajouter : « Les salariés, par leur travail, participent à la création de richesse de l'entreprise. Ils sont donc légitimes à participer aux décisions stratégiques qu'ils devront ensuite mettre en oeuvre. » Si la centrale veut en particulier « renforcer la place et les moyens des salariés dans les conseils d'administration ou de surveillance », c'est pour « assurer une meilleure représentation du travail ». Aucune référence à l'actionnariat salarié n'a été faite.

Dans un bel effet de balancier, après des années à prôner l'autogestion, il fut pourtant considéré comme la principale solution pour permettre l'intervention des salariés dans la gestion des entreprises. A l'époque, la CFDT lorgnait vers le Québec et le fonds d'épargne salariale créé par le FTQ, son principal syndicat, qui faisait dans l'investissement socialement responsable.

Une meilleure représentation du travail

L'organisation des salariés actionnaires représente « un actionnariat stable, attaché au développement à moyen ou long terme de l'entreprise et donc faisant prévaloir d'autres considérations, notamment l'emploi, qui peuvent contrebalancer le seul critère de rentabilité à court terme », expliquait en outre le numéro un de la CFDT au début des années 2000... Ou plutôt la numéro un, car c'est Nicole Notat, aujourd'hui chargée avec Jean-Dominique Senard de faire des propositions pour redéfinir le rôle et les missions de l'entreprise, qui dirigeait le syndicat. La crise de 2008 est passée par là. Pendant plusieurs années, la question du pouvoir des salariés dans l'entreprise a quitté le devant de la scène cédétiste pour revenir désormais sur d'autres bases. Des bases qui se rapprochent des préoccupations d'un autre syndicat : la participation de représentants des salariés aux instances de direction de l'entreprise avec voix décisionnaire a longtemps été estampillée CGT.

Cela signifie-t-il que les deux organisations pourraient peser ensemble sur le projet de loi de Bruno Le Maire ? Ce n'est pas gagné au vu du tournant protestataire pris par la CGT. « Etre administrateur salarié, c'est schizophrène », a affirmé son représentant, David Dugué, tout en insistant sur le fait que les salariés sont aussi des citoyens dans l'entreprise, vendredi dernier lors du lancement de la mission Notat-Senard.