Pas de miracle à attendre. En publiant, mardi, ses « prospectives économiques globales » pour 2017 et 2018, la Banque mondiale attend tout juste un léger raffermissement de la croissance mondiale. L'année 2016 a été des plus décevantes avec une croissance mondiale estimée à 2,3 %, soit le rythme le plus faible observé depuis la crise de 2008. Pour l'année en cours, les perspectives s'élèvent à 2,7 %. Un petit sursaut dû au redressement des pays émergents et en développement avec, en particulier, une sortie de récession au Brésil et en Russie. Au total, la croissance des pays émergents et en développement devrait atteindre 4,2 % après 3,4 % en 2016. En revanche, dans les pays riches, la hausse du PIB ne devrait guère dépasser les 1,8 % cette année après 1,6 % l'an dernier.

Besoins en infrastructures

L'institution multilatérale s'inquiète surtout grandement des perspectives d'investissement dans ces pays émergents et en développement. Depuis 2010, ils sont en chute libre. Leur croissance est passée de 10 %, en moyenne, en 2010, à 3,4 % en 2015. Ce résultat, pour la majorité des pays concernés, est bien en deçà de la moyenne observée ces vingt-cinq dernières années, souligne la Banque mondiale.

Dans l'absolu, la Chine est responsable à hauteur de 25 % de ce ralentissement des investissements. Le Brésil et la Russie réunis en constituent le tiers. Selon les estimations provisoires, ce taux de croissance aurait été encore amputé d'un demi-point en 2016. Les raisons sont multiples : chute des cours des matières premières ; recul prononcé des investissements directs étrangers dans la zone ; endettement trop élevé et risques politiques en sont à l'origine. L'inquiétude de la Banque est d'autant plus grande qu'elle s'attend à ce que cette tendance se poursuive.

Alors même que les besoins en infrastructures, en éducation, en santé sont énormes au regard de l'urbanisation rapide et de la croissance démographique des pays concernés. Or, globalement, les pays émergents et en développement représentent aujourd'hui 45 % des investissements mondiaux et les deux tiers de leur croissance. « Sans de nouvelles routes, le secteur privé n'est pas enclin à investir dans de nouveaux bâtiments. Sans de nouveaux espaces de travail connectés à de nouveaux lieux d'habitation, des milliards de personnes ne pourront pas s'intégrer dans l'économie moderne », alerte Paul Romer, chef économiste de la Banque mondiale.

Autre point inquiétant, l'absence de corrélation entre la hausse des crédits et celle de l'investissement. Historiquement, le boom du crédit s'accompagne, dans 40 % des cas, d'un boom de l'investissement. Depuis 2010, tel n'est pas le cas. Le boom des crédits a plutôt coïncidé avec une hausse de la consommation. La Banque enjoint donc les gouvernements à favoriser une reprise de l'investissement pour accroître la timide reprise qui se profile.