Derrière son nom barbare, Atom E3900, le tout dernier processeur dévoilé par Intel mardi cache de grandes ambitions. Le géant des semi-conducteurs veut en faire un élément clef de sa gamme Atom. Cette série, d'abord conçue en 2008 pour accompagner l'essor des notebooks, est aujourd'hui centrale dans la stratégie d'Intel pour équiper de ses puces maison les milliards d'objets connectés du futur.

Aux côtés de Curie, une puce conçue pour équiper les vêtements et autres accessoires connectés sans affichage propre, et d'Edison, pensé pour les petits appareils comme les drones ou la domotique, les processeurs Atom doivent trouver leur place à l'intérieur des équipements intelligents plus exigeants en ressources.

Le dernier-né de la gamme vise plus particulièrement les caméras et enregistreurs numériques, les équipements industriels et les fonctions de divertissement et d'assistance à la conduite de la voiture connectée. « Ce sera le processeur qui aura le plus de succès de toute la famille Atom », assène Jonathan Luse, chargé des produits pour l'Internet des objets chez Intel. Le constructeur met en avant ses caractéristiques techniques : plus puissant, moins gourmand en énergie, plus rapide que ses prédécesseurs, capable de discriminer les flux par ordre d'importance...

« Imaginez qu'un constructeur automobile décide de se débarrasser des rétroviseurs pour les remplacer par des vidéos, explique le cadre, si le processeur est trop sollicité, il lui sera utile de pouvoir diminuer la qualité du signal du film des enfants à l'arrière afin de conserver celle des caméras indispensables au conducteur. »

Un relais de croissance indispensable

Si la firme de Santa Clara met les bouchées doubles pour conquérir le juteux marché des objets connectés, c'est aussi que celui des PC et des serveurs, qu'il domine sans partage depuis quarante ans, ralentit dangereusement. Et, malgré des investissements conséquents, Intel n'a jamais réussi à placer ses puces dans les smartphones - un segment qu'il a dû abandonner à Qualcomm. Ces deux dernières années, le géant américain a vu ses revenus plafonner. Devant le recul de ses marges, il a même décidé de sabrer dans ses effectifs, avec 12.000 suppressions de postes d'ici à fin 2017, soit 11 % des salariés.

Dans ce contexte, les objets connectés sont le relais de croissance dont Intel a désespérément besoin. En plus de miser sur la technologie, l'entreprise ne cache pas compter sur un autre facteur déterminant : la crédibilité. « Le développement et la production d'une voiture, cela représente sept à huit ans. Il vous faut un fabricant de processeurs qui puisse fournir des produits de qualité sur la durée, explique Jonathan Luse. C'est l'avantage numéro un d'Intel. »