De l'extérieur, elle ressemble à une voiture normale. Mais dès qu'on y pénètre, on réalise qu'elle n'est pas tout à fait comme les autres : caméras et capteurs ont détecté que le visiteur, soumis à une pluie battante, a un peu froid, mais qu'il est néanmoins bien couvert. En quelques minutes, les panneaux radiants situés dans les portes augmentent la température, jusqu'à ce que le confort thermique soit parfait. Un monitoring de son rythme cardiaque montre aussi qu'il est tout à fait calme et bien réveillé. Mais au moindre défaut de vigilance, une odeur de café viendra lui redonner un coup de fouet.

Baptisée « Smart Cocoon », l'innovation est présentée en première mondiale par Valeo au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. « Il est possible d'individualiser ainsi le confort de chaque passagerhttps://www.lesechos.fr/11/05/2017/lesechos.fr/0212065672967_valeo----la-voiture-du-futur-sera-une-sorte-de-salon-.htm », explique Georges de Pelsemaeker, directeur santé et bien-être du groupe. « Et cela permettra aussi de réduire l'énergie nécessaire au chauffage de 30 à 50 %. »

Objet de haute technologie

Les équipementiers automobiles ne sont pas les derniers à déployer leurs technologies à Las Vegas cette semaine. Tous les grands fournisseurs du secteur sont là : les allemands Bosch et Continental, l'américain Delphi (rebaptisé Aptiv), mais aussi les français Valeo et Faurecia, avec pour certains des stands gigantesques n'ayant rien à envier à ceux des grands salons automobiles.

C'est que l'automobile, vouée à devenir un objet de haute technologie avec la révolution de la connectivité ou de la voiture autonome, prend une place croissante au CES, un salon traditionnellement dédié à l'électronique : plus de 400 sociétés proposent cette année leurs solutions pour la voiture du futur, sur 27.000 mètres carrés, dont seulement... 11 constructeurs (BMW, Fiat-Chrysler, Ford, GM, Nissan, Toyota, etc.).

Pour les équipementiers, le nouveau marché qui s'ouvre apparaît gigantesque. Selon IHS Markit, les revenus liés à l'électronique du cockpit, à l'assistance à la conduite, ou encore à l'électrification, représenteront 183 milliards de dollars en 2022. « Tout le monde, dans l'industrie automobile mais pas seulement, se positionne pour capter la plus grande part d'un gâteau qui s'annonce très lucratif », estiment les experts d'IHS.

Capteurs ultra-sophistiqués

Avec leurs capteurs ultra-sophistiqués et autres Lidar, les équipementiers investissent, d'abord, le véhicule autonome. « Le marché de la conduite automatisée représentera 35 milliards d'euros en 2025 », a estimé Elmar Degenhart, le PDG de Continental, à Las Vegas. La voiture connectée leur ouvre aussi un vaste champ d'application, depuis l'aide au parking jusqu'à la mise à disposition de services innovants.

Bosch, qui développe aussi des solutions pour la maison connectée, a imaginé des systèmes de communication intelligents entre la voiture et le domicile, permettant d'augmenter la température peu avant l'arrivée du conducteur, ou encore d'ouvrir sa porte à distance, par exemple. Valeo a de son côté présenté un système permettant de voir à travers le véhicule précédent, grâce à des caméras et écrans interconnectés entre véhicules. La cartographie en haute définition sera aussi un élément central des services proposés : Continental et Bosch ont annoncé la semaine dernière une prise de participation de 5 % chacun dans le spécialiste Here.

Univers numérique

Ecrans de plus en plus sophistiqués, suppression des boutons... L'intérieur du véhicule et l'interface homme-machine sont également objets de toutes les attentions. « Ce sera demain l'élément clef de différenciation », estime Patrick Koller, patron de Faurecia, qui participe au CES pour la première fois.

Le groupe français a annoncé s'être associé à Amazon, pour utiliser son assistant vocal Alexa, ainsi qu'à Accenturehttps://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/0301102024729-faurecia-embarque-accenture-dans-la-voiture-du-futur-2142607.php, afin notamment que l'automobiliste retrouve, dans sa voiture, son propre univers numérique.

Enfin, les équipementiers ont présenté leurs innovations dans le domaine de l'électrification. Continental a ainsi dévoilé son système de recharge par induction, qui permettra dès 2020 de recharger ses batteries en 10-15 minutes sans aucun branchement, tandis queValeo a présenté un petit véhicule fonctionnant à basse tension, lui permettant de se positionner comme le moins cher du marché.

Trois innovations clé présentées au salon

Le cockpit s'individualise

L'intérieur de la voiture du futur va devenir un salon, où chacun pourra mener ses activités. Dans le nouveau cockpit conçu par Faurecia, on peut ainsi s'allonger, regarder des vidéos ou répondre à ses e-mails en toute sécurité, même lorsque la voiture est en mode autonome : le premier équipementier français a présenté au CES les nouveaux sièges conçus avec ZF, intégrant ceinture et airbags, qui protègent le passager même en position relax. La planche de bord est remplacée par un vaste écran, permettant de surfer et d'accéder à ses applications préférées, également accessible via de petits écrans, de la taille d'un smartphone, placés dans la prolongation des accoudoirs.

Mais surtout, chaque passager bénéficie de sa propre « bulle », notamment acoustique : « chacun peut écouter sa musique préférée ou tenir des conversations téléphoniques sans déranger les autres », explique Patrick Nebout, directeur de l'innovation du groupe. Cerise sur le gâteau, les occupants du véhicule peuvent être scannés et reconnus ensuite par la voiture : celle-ci leur propose alors leur musique préférée, voire un itinéraire en fonction de l'heure de la journée. Stockées sur une carte, ces données personnelles peuvent aussi être utilisées pour personnaliser un véhicule de location, par exemple.

Se garer devient un jeu d'enfant

« Les automobilistes américains passent plus de 40 heures par an dans les embouteillages : cela coûte 160 milliards de dollars en temps et en énergie, dont un tiers pour la recherche de stationnement », a affirmé Stefan Hartung, membre du directoire de Bosch, lors de sa présentation au CES. Pour résoudre ce problème, l'équipementier allemand a développé une solution consistant à faire repérer les places libres par des véhicules équipés de capteurs, et d'envoyer l'information aux automobilistes cherchant à se garer. « Nous testons déjà ce système à Stuttgart, et nous allons poursuivre dans autres 20 villes cette année, aux Etats-Unis et en Europe », a poursuivi le dirigeant. Paris devrait faire partie du lot.

Bosch a aussi développé un système de « valet parking », déjà utilisé dans le musée de Mercedes-Benz à Stuttgart, où les voitures cherchent une place et se garent toutes seules, par simple clic sur une application. « On peut ainsi gagner 20 % de superficie », explique Stefan Hartung. Cette fonction, qui nécessite que le parking soit également équipé de caméras et capteurs, a aussi été mise en place par Valeo dans un parking Indigo à Issy-les-Moulineaux.

L'électrique se démocratise

Un véhicule électrique fonctionnant à basse tension, c'est possible. Pour le prouver, Valeo a conçu en coopération avec une université chinoise un petit véhicule 100 % électrique deux places, équipé de son système de propulsion à 48 volts, dévoilé cette semaine au CES. « Il est capable de rouler à 100 kilomètres/heures et affiche une autonomie de 100 kilomètres, ce qui est largement suffisant dans un environnement urbain », souligne Daniel Benchetrite, directeur des nouvelles mobilités du groupe.

Plus simple et moins coûteux que la haute tension classique, cette technologie est non seulement plus sûre, mais elle permet aussi de proposer un tout petit prix : Valeo estime qu'il pourrait être vendu en Chine autour de 7.500 euros. L'équipementier vise en premier lieu le marché chinois, où les autorités poussent l'électrique à fond, mais estime qu'il est adapté à la circulation urbaine n'importe où. Valeo n'a pour autant aucune intention de fabriquer lui-même des voitures, a insisté son PDG Jacques Aschenbroich à Las Vegas.