Ce sont les premières à avoir fermé le 14 mars, ce seront certainement les dernières à rouvrir. 99 % des discothèques n'ont pas fonctionné depuis neuf mois, ce secteur d'activité connaît la pire situation. Si tous les autres commerces ont pu retrouver leurs clientèles lors du déconfinement, y compris avec des restrictions, les boîtes de nuit, elles, sont restées fermées avec des loyers et des charges à payer, parfois élevés.

Alerté de la gravité de la situation des 1.600 discothèques (elles étaient 4.000 dans les années 1980, selon une étude de la Sacem), le gouvernement a engagé, dès l'été, un plan de soutien en ouvrant le fonds de solidarité au monde de la nuit (40.000 salariés). La mesure la plus forte en sera une aide d'un montant de 15.000 euros par mois, « sans conditions de taille, de chiffre d'affaires ni de bénéfice net imposable pour couvrir leurs charges fixes, et notamment les loyers liés aux trois mois de la période estivale », précisait, en juillet dernier, Alain Griset, ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, aussitôt nommé à ce poste.

Déjà des fermetures

« La situation était dramatique, il fallait réagir », se souvient Christophe Blanchet, député (LREM) et ancien gérant de boîtes de nuit à Caen (Calvados), le premier à avoir tiré la sonnette d'alarme, à l'Assemblée nationale, en mai dernier. « C'est un plan de survie, une contrepartie légitime au seul métier du secteur marchand entièrement fermé depuis mars sans aucune perspective de réouverture », juge Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques et des lieux de loisirs (SNDLL), qui compte 600 adhérents.

Revu et amélioré en septembre, le plan a été prolongé jusqu'au 31 décembre (il devrait être reconduit jusqu'à leur réouverture). Un effort public que même le patronat salue. « C'est le plan d'aide dont tous les secteurs rêvent, c'est un modèle », juge François Asselin, président de la CPME. La profession, elle, demande pourtant plus. « Il reste des attentes fortes, notamment sur les congés payés de nos salariés, la rémunération des dirigeants et la situation de 200 gros établissements dont les loyers sont bien supérieurs au montant prévu », analyse Thierry Fontaine, président de la branche nuit à l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie), à la tête de deux discothèques à Lyon. En attendant de nouvelles négociations, des fermetures d'établissement sont déjà enregistrées. « 300 discothèques, soit 20 % du secteur, se posent la question et, à ce jour, plus de 100 d'entre elles ont cessé leur activité », s'inquiète Patrick Malvaës.

Reste maintenant à imaginer la réouverture et le calendrier. Des protocoles sanitaires sont encore à imaginer. Le 10 novembre dernier, des gérants d'établissements de Bretagne et de Marseille se sont réunis en visioconférence avec Alain Griset, pour réfléchir sur ces mesures.

« Remettre à plat l'univers de la nuit »

« Nous sommes prêts à rouvrir, même en mode dégradé et sous contrôle. Au déconfinement de mai, en nous laissant fermés, on a encouragé les fêtes privées et la propagation du virus », regrette Matthieu Lebrun, représentant de la profession pour la Normandie et gérant d'une boîte de nuit près de Saint-Lô (Manche). « Il faut construire la vie d'après et proposer une lueur, un espoir », demande Christophe Blanchet. Face à la durée de la crise sanitaire, certains dirigeants imaginent aussi changer de catégorie pour rester en vie. Classés « P » (salle ou piste de danse), des établissements pourraient évoluer vers une classification moins contraignante (« N ») en bars ou restaurants à ambiance musicale.

« Il faut remettre à plat l'univers de la nuit et accompagner la transformation progressive de certains. Et surtout, préparer le prochain déconfinement », indique Alexandre Habibi, à la tête du groupe Paris Nuit et organisateur, depuis 1995, des Trophées de la Nuit. Ces derniers, réunissant les discothèques de France, devaient se dérouler le 24 novembre prochain. Evidemment, la soirée a été annulée. En attendant des jours meilleurs.