Pas de mauvaise surprise pour les Français sur le prélèvement à la source. Selon un sondage Elabe pour « Les Echos », Radio Classique et l'Institut Montaigne, l'adhésion des Français a augmenté après la mise en oeuvre de la réforme. Près de 74 % des personnes interrogées se disent favorables à l'impôt à la source, soit 6 points de plus que lors du dernier sondage en décembre et même 9 points de plus qu'au mois d'octobre. Ce sondage a été réalisé le 5 et le 6 février, soit après la première feuille de paie des salariés prélevée à la source.

Les Français sont plus nombreux à voir des avantages à la réforme. L'étalement de l'impôt sur douze mois gagne 6 points, la simplification de la gestion des revenus grimpe de 5 points, et l'adaptation rapide aux variations de revenus progresse de 8 points. A l'inverse, ses inconvénients reculent dans l'opinion : moins 9 points pour les risques de bugs techniques, moins 6 points pour la modification des habitudes. Seuls le manque de confidentialité vis-à-vis de l'employeur (+ 1 point) et la complexité pour les entreprises (+ 6 points) sont plus présents dans les esprits.

Deux points d'alerte

« Le gouvernement a réussi à dépassionner le débat », observe Bernard Sananès, président d'Elabe. Les Français n'affichent pas non plus une adhésion forte à ce nouveau système de prélèvement. Au total, 33 % préfèrent le nouveau système, 22 % regrettent l'ancien et 44 % se disent neutres.

En pleine polémique sur le pouvoir d'achat, le passage au prélèvement à la source aurait pu créer de nouvelles étincelles. Face au risque de ce chantier, Emmanuel Macron a failli y mettre fin en septembre dernier. « Il n'y a pas eu de télescopage avec les sujets de pouvoir d'achat soulevés par le mouvement des 'gilets jaunes' », poursuit Bernard Sananès.

Le sondage signale deux points d'alerte. Le premier concerne l'effet psychologique sur la consommation : 21 % des personnes interrogées ont le sentiment que le prélèvement à la source va réduire leur pouvoir d'achat, une impression particulièrement marquée chez les jeunes, les artisans et les chômeurs.

L'autre concerne le taux d'erreur : 14 % des sondés disent avoir observé une erreur sur leur prélèvement, qu'il s'agisse d'un problème de taux, d'acompte sur le crédit d'impôt ou d'absence de prélèvement. « Quand il y a eu des erreurs, cela n'a pas déclenché de crispation. Le 'bug' n'a pas hystérisé l'opinion », note Bernard Sananès. Même sur des questions aussi factuelles, la perception peut varier en fonction de l'appartenance politique : 19 % des électeurs de Marine Le Pen constatent une erreur, contre 9 % pour les partisans d'Emmanuel Macron !