Le télétravail est plébiscité par ceux qui le pratiquent : 98 % des quelque 15.000 salariés qui ont répondu à l'enquête de l'Union des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT (UGICT) en redemandent. Telle qu'elle est pratiquée, cette forme de travail comporte toutefois des inconvénients, voire des dangers pour la santé des personnels, révèle l'étude - très détaillée - mise en ligne lundi par le syndicat, sur laquelle ont travaillé des chercheurs des ministères du Travail et de la Solidarité adhérents à la CGT.

Porosité

Une première édition de cette enquête, réalisée pendant le premier confinement, avait montré combien la brutalité du passage massif en télétravail avait éprouvé les travailleurs. Dix-huit mois plus tard, la confirmation est donnée que le travail à domicile s'est durablement installé dans le paysage, mais dans des conditions que beaucoup de salariés critiquent.

Nombreux sont ceux qui pointent des conditions de travail « dégradées », selon les termes de Sophie Binet, secrétaire générale de l'UGICT-CGT : le temps et la charge de travail ont augmenté pour 47 % des répondants et 75 % affirment que leur employeur n'évalue ni l'un ni l'autre. La porosité entre vie professionnelle et vie personnelle est aussi pointée du doigt par 42 % des salariés ayant répondu à l'enquête. Les deux tiers déclarent recevoir des sollicitations professionnelles en dehors des heures de travail, dont 10 % reçoivent « tout le temps » des mails.

Le collectif de travail percuté

L'enquête confirme en outre combien le collectif de travail est percuté. Parmi les points positifs figurent l'efficacité dans le travail (pour 70 % des répondants) et moins de fatigue (pour plus de la moitié, contre un tiers plus fatigué). En négatif paraît le sentiment d'isolement noté par deux tiers des télétravailleurs, celui de se priver des temps informels avec les collègues et celui d'une dégradation de l'esprit d'équipe.

L'étude de l'UGICT alerte en outre sur les risques de l'organisation actuelle du télétravail en matière de santé mentale. Près d'un répondant sur cinq (19 %) « présente un symptôme dépressif d'après l'échelle définie par l'Organisation mondiale de la santé », s'inquiète le syndicat. Il souligne que 45 % devraient « faire l'objet d'un suivi » - en application de cette même échelle - pour savoir s'ils ou elles font l'objet d'une dépression ».

« Une forme de Far west »

« On est dans une forme de Far West du télétravail et les résultats alarmants de notre enquête démontrent le danger en matière de santé ou de délitement du collectif de travail », estime Sophie Binet. La prochaine édition de l'enquête de l'UGICT-CGT, appelée à devenir annuelle, interviendra en phase de normalisation alors que le protocole sanitaire a supprimé toute référence à un nombre minimum de jours de télétravail. Elle dira si cette normalisation s'est accompagnée ou non d'un renforcement de son encadrement.