Voici l'état des lieux du site, juste avant les Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août).

A proximité des réacteurs

Vus de loin, du haut d'un talus, les bâtiments des réacteurs un à quatre, les plus abîmés des six du site, semblent à peu près reconstitués. Trois avaient été ravagés par des explosions d'hydrogène.

Mais, de près, ils sont encore en bien piteux état, des monceaux de détritus ici et là, des pans de murs éventrés.

Pour accéder aux salles de contrôle, il faut revêtir l'équipement "zone jaune", la zone intermédiaire en termes de risques (combinaison, trois paires de gants, trois paires de chaussettes, des bottes, un masque intégral, un casque) afin de se protéger non pas des rayonnements, ils traversent tout, mais des poussières radioactives. 

Il faut enjamber des détritus, se faufiler via des escaliers improvisés, avant d'atteindre cet espace où s'est jouée une partie du drame. Les équipements de contrôle, vert kaki, qui datent des années 1970, sont toujours là, hors service. 

Au mur, restent les séquelles: des nombres écrits au crayon à papier, certains rayés et remplacés par d'autres, plus élevés. "Ce sont des calculs de paramètres effectués par les techniciens alors sur place, plongés dans le noir, avec une simple lampe de poche", explique un responsable de Tepco. 

Ils n'ont rien pu faire pour empêcher la fusion des coeurs des réacteurs 1, 2 et 3.

Le combustible fondu gît toujours dans l'enceinte de confinement. On y a envoyé des robots en repérage. L'extraction, tâche extrêmement délicate, devrait être testée grandeur nature à compter de 2021. On n'en verra pas le bout avant 2040/50 au mieux.

Mur de glace souterrain

L'eau souterraine venue de la montagne alentour, qui s'engouffre dans les installations et génère des quantités massives de liquide radioactif, a longtemps été un souci majeur.

Désormais, le problème est atténué, en partie grâce à la construction d'un mur d'enceinte souterrain, en gelant le sol sur une épaisseur de plus d'un mètre et une profondeur de 30 mètres. 

"Tout le monde nous disait que ce serait très compliqué, compte tenu de la longueur du périmètre à geler, mais finalement nous y sommes parvenus grâce à des techniques utilisées au Japon lors du percement de tunnels: à mesure que le tunnelier progresse, le pourtour du tunnel est dans un premier temps gelé pour éviter qu'il ne s'effondre", explique sur place un ingénieur de Tepco.

Des pompes en amont du mur permettent aussi de réduire la quantité d'eau qui vient le heurter.

Néanmoins, en raison des pluies et de l'eau de refroidissement des réacteurs, sont chaque jour encore générés 170 m3 de liquide extrêmement radioactif qu'il faut décontaminer et qui reste un problème.

Le calvaire de l'eau contaminée

Cette eau contaminée est passée dans un dispositif de filtrage, ALPS, qui permet d'en réduire le niveau de radioactivité en retirant la majeure partie d'une soixantaine de radionucléides.

Toutefois, les premières générations d'ALPS n'étaient pas aussi puissantes que la plus récente. In fine, 80% du million de m3 d'eau traitée stockée dans un millier de citernes sur le site doivent être de nouveau filtrés.

A la fin du processus, il restera une faible teneur en divers éléments radioactifs mais un ratio plus important de tritium, lequel ne peut pas être retiré avec les techniques actuelles.

Cette eau, qu'en faire? Les organisations écologistes comme Greenpeace insistent pour qu'elle soit stockée à long terme et qu'on développe des modalités de filtrage plus performantes mais les autorités japonaises ont déjà exclu cette option. 

Officiellement, il ne reste plus que deux solutions sur la table: l'évaporation dans l'air, ou la dilution et le rejet dans l'océan Pacifique voisin. C'est cette seconde option qui est privilégiée. Elle est approuvée par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et révulse les pêcheurs et agriculteurs de la région.

5.000 travailleurs par jour

La centrale Fukushima Daiichi est peuplée chaque jour de quelque 4.000 à 5.000 travailleurs, en majorité des sous-traitants de Tepco en plus de salariés de cette compagnie. Ils étaient 8.000 au moment de la difficile construction du mur souterrain.

Ils y exercent des fonctions très diverses, allant de la construction des citernes au retrait de combustible usagé d'un bassin de stockage par des grues télécommandées. Certains sont là pour gérer une incroyable logistique de combinaisons de plastique, gants, chaussettes, bottes, casques ou masques.

Les tenues portées dépendent des lieux traversés.