Comme de nombreux secteurs économiques, l'optique et la lunetterie n'échappent pas au boom de l'e-commerce. Depuis le printemps 2009, le ministère de la Santé a en effet autorisé la vente de lunettes sur Internet à la suite d'une injonction de la Commission européenne. Une libéralisation qui a été renforcée par la loi Hamon en 2014. En quelques années, les e-opticiens ont fleuri sur Internet. Focus sur une restructuration en profondeur de ce secteur.

État des lieux du marché

Établi à 5,86 milliards d'euros en 2014, le marché français de l'optique-lunetterie reste particulièrement convoité. On estime à 24 millions le nombre de Français présentant des troubles de la vision et ce sont 13 millions de lunettes correctrices et 5,3 millions de lunettes de soleil qui sont vendues chaque année. Aujourd'hui, l'Europe de l'Ouest compte plus de 200 e-opticiens. Opticiens traditionnels et e-opticiens se livrent une guerre acharnée. Les premiers estimant offrir un service sur-mesure irremplaçable grâce à leurs boutiques de proximité, les seconds arguant faire aussi bien pour beaucoup moins cher. Une étude réalisée par le magazine l'Express confirme une économie sur le Net pouvant aller jusqu'à 50 % sur une paire avec des verres à simple foyer et jusqu'à 40 % avec des verres progressifs. Un argument massue dans une période où les ménages sont particulièrement contraints sur le plan budgétaire.

Les principaux acteurs de l'e-optique

L'évolution de la législation a depuis 2013 grandement favorisé l'éclosion des e-opticiens. Celle-ci n'impose plus que la présence d'un seul salarié titulaire d'un diplôme d'opticien dans les sociétés du secteur et oblige les ophtalmologistes à indiquer sur l'ordonnance du patient son écart pupillaire. Une donnée indispensable à l'achat sur Internet. Les e-opticiens ont ensuite été agréés par la sécurité Sociale et les Mutuelles. Dès lors plus rien ne s'opposait à leur émergence massive. Actuellement, Happyview reste considéré comme le leader du marché. Fort de ses 6 ans d'expérience de la vente de lunette en ligne, l'enseigne s'est imposée comme un modèle du genre. Happyview vendrait de 80 à 100 paires par jour sur son site ! À titre de comparaison, une boutique traditionnelle vend en moyenne 2,7 paires par jour en France....

Ubérisation et contre-attaque

On assiste donc à une véritable ubérisation du marché de l'optique. Les acteurs se multiplient ! L'usinealunettes, keloptic, evioo ou Otiko ne sont que quelques-uns des nombreux e-opticiens aujourd'hui présents sur le Net. Une abondance de l'offre qui tire les prix vers le bas et qui inquiète les grands noms de l'optique traditionnelle. Ceux-ci contre-attaquent et prennent à leur tour le virage de la numérisation. Essilor vient de racheter pour 282 millions d'euros Coastal.com l'un des leaders mondiaux de l'optique sur Internet. Kriss ou Alain Afflelou ont développé leur propre plateforme numérique. C'est bien tout le secteur qui aujourd'hui se numérise pour contrer les start-up qui se sont engouffrées dans le marché et qui grignotent une part de plus en plus importante de ce dernier.

Dans une Europe à la population vieillissante, le marché de l'optique à un bel avenir. Les capacités restreintes des systèmes de sécurité sociale et des mutuelles à faire face aux dépenses de santé plaident pour une baisse des prix des lunettes. Ce facteur budgétaire allié à l'existence d'algorithmes de plus en plus fiables et de plateformes d'essayage virtuel performantes ouvre des perspectives de croissances de l'e-optique particulièrement importante. Un véritable eldorado pour les startupper !