En 2010, 10 millions de tonnes de plastique jetable finissaient dans les océans… C'est de ce constat fait par Florence Baitinger et son associé Samuel Dégremont qu'est née l'entreprise à mission : ​Gobilab.

Leur objectif : stopper la prolifération du jetable nuisible à l'environnement. Comment ? En embarquant toutes les entreprises pour qu'elles passent du jetable au réutilisable grâce à des objets simples et éco-conçus à proposer à leurs collaborateurs, tels que des gourdes et bientôt des lunchbox. Le pari est réussi. Gobilab a permis d'éviter 16 000 tonnes de déchets et l'équivalent en CO2 non-émis, tout cela en 13 ans ! Gobilab, c'est aussi 25 salariés entre Paris et Bordeaux, 50 équivalents temps plein chez les partenaires industriels et dans les centres de montage solidaires.

Entrepreneure engagée, Florence Baitinger est membre bénévole du conseil d'administration de l'organisation philanthropique ​1% For The Planet. Gobilab reverse 1% de son chiffre d'affaires depuis 2019. La start-up est également adhérente au ​​Mouvement Impact France.

A travers cet entretien, la présidente de Gobilab prend le temps de nous parler de l'éco-conception, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Elle nous explique comment se lancer et pourquoi il est important de franchir ce pas.

L'éco-conception, c'est quoi ?

Il s'agit d'une démarche qui consiste à se poser des questions sur l'impact environnemental de ce qu'on veut produire et mettre sur le marché dès le moment de la conception. Par exemple, mon produit est-il pertinent par rapport aux enjeux environnementaux ? Est-il utile ? A-t-il du sens ? A "service égal", mon produit permet-il des gains significatifs pour l'environnement : moins d'utilisation d'énergie, moins d'émissions de CO2 ? C'est très important de s'interroger et de mener une analyse, car il ne s'agit pas de déplacer un problème environnemental, mais de le résoudre.

Ce que beaucoup de personnes ignorent, c'est que 80% des impacts d'un produit sont définis au moment de la conception. Cette étape est clé : c'est le moment où on acte le design, les épaisseurs de la matière, les techniques de fabrication, les lieux de production. En fonction des choix que l'on fait, le produit sera plus ou moins lourd en impacts de fabrication, d'utilisation et de facilité de recyclage.  

Par où commencer pour éco-concevoir des services et des produits ?

Je prends l'exemple de notre gourde éco-conçue. Notre point de départ a été de se dire qu'on voulait remplacer tous les produits jetables pour s'hydrater au bureau : les bouteilles en plastique utilisée une fois, les gobelets en carton qui se renversent, etc.

Le calcul de l'impact de ces utilisations du jetable nous a donné une référence de départ. Derrière, notre enjeu a été d'améliorer l'existant avec des produits éco-conçus que les gens allaient utiliser dans le temps et générant un impact environnemental réduit.  

Quelles sont les étapes suivantes ?

Il faut s'assurer de concevoir un produit qui peut être utile et pratique. Nous, on est partis de notre expérience utilisateur. Au travail, on a constaté qu'on avait les bras chargés en allant en réunion.

Donc il nous fallait une gourde légère et facile à porter. On a enquêté pour imaginer des scénarios d'utilisation. L'objectif est d'être le plus honnête possible. Il ne faut pas indiquer qu'un produit va être utilisé 15 ans, alors que dans les faits son utilisation sera de 3 ans. C'est du greenwashing dans ce cas. Ces projections sont essentielles pour avoir la bonne estimation de l'impact et des gains.  

En parallèle, il y a la sélection des matériaux utilisés pour la fabrication. Pour notre gourde, on a comparé l'impact du plastique, du verre et de l'inox. On a fait le choix de garder un modèle en verre mais aussi en plastique réutilisable qui s'avère être un choix assez sobre pour l'environnement.  

Un choix qui bouscule les idées reçues sur le plastique...

C'est dommage de l'utiliser pour de l'usage unique. En revanche, pour de l'usage long avoir un produit léger, étanche, lavable en machine est intéressant… Et les ressources naturelles comme le sable pour le verre s'épuisent. Quant à l'inox, son emploi implique une extraction minière et une transformation dans des pays où socialement ce n'est pas simple.  

Faut-il alors tout produire en France ?  

La prise en compte de ​​l'impact du circuit de production et de distribution est très importante. De notre côté, on a choisi de produire en France pour le réduire. On a une énergie majoritairement décarbonée sur cette phase par rapport à une fabrication en Allemagne ou en Chine.  

Avec votre expérience, est-ce plus simple de produire en France ?  

Grâce au Made in France, on a pu développer un réseau de partenaires industriels qui ont appris à faire de l'éco-conception avec nous et à en parler à des clients. C'est vertueux de travailler en proximité.

On a aussi choisi de favoriser l'insertion sociale dans notre démarche d'éco-conception. Depuis 10 ans, on collabore ​​avec un ESAT (ndlr : Établissement ou service d'aide par le travail) pour la partie logistique.  

Avec toutes vos actions, quels sont vos gains d'impacts environnementaux ?  

Ces réflexions, projections et décisions ont permis d'avoir des gains significatifs sur nos indicateurs fixés comme l'acidification de l'eau, de l'air, l'impact sur les océans, l'émission de CO2 ou encore l'épuisement des ressources naturelles. On a quasiment 80% de gains d'impacts environnementaux. Ça rend fier. Derrière, on a envie de continuer.

Pour celles et ceux souhaitant se lancer dans l'éco-conception, auprès de qui se tourner pour mesurer l'impact d'une production ?  

Deux options sont possibles.

1/ Soit l'entreprise a la compétence en interne avec un ingénieur en analyse de cycle de vie qui va avoir la méthodologie pour accompagner, définir la référence, puis la traduire en indicateurs d'impact. Il sait maîtriser de nombreux logiciels, veiller pour suivre les normes européennes évoluant sur ce sujet. Cette personne doit aussi être capable de modéliser l'analyse de cycle de vie du produit, c'est-à-dire aller chercher de la donnée sur les matériaux ou encore savoir se rapprocher du partenaire industriel pour comprendre à quelles énergies tournent ces machines…  

2/ L'autre option, c'est de faire appel à un cabinet spécialisé qui réalise ce travail. C'est ce qu'on a fait quand on s'est lancé. Les équipes sont habituées à accompagner les projets, à identifier les subventions et ​​les aides auxquelles on peut prétendre.

Pourquoi se lancer dans l'éco-conception ?

Dans les années à venir, le fait de concevoir des produits avec un objectif de sobriété va s'avérer être un choix stratégique. ​​L'éco-conception est une bonne façon de savoir exactement ce qu'on fait, pourquoi. On est conscient de la fabrication, de l'impact, etc. On est capable de les expliquer. C'est finalement le meilleur moyen de ne pas tomber dans le greenwashing. De plus en plus d'aides financières existent pour éco-concevoir. C'est dommage de s'en passer.

L'éco-conception permet aussi d'anticiper les questions de fin de vie des produits, de choix de matériaux et de sélection de partenaires industriels. Évidemment, c'est un investissement au départ. Avec le recul, je suis convaincue que l'éco-conception nous a fait gagner du temps.  

Des conseils pour les entrepreneurs voulant changer leur production afin d'éco-concevoir ?

Embauchez un expert dans votre équipe qui possède cette expertise, et qui va pouvoir former progressivement les autres collaborateurs. L'entreprise aura une culture de développement produit qu'il ne faudra plus lâcher. Pensez aussi à contacter l'ADEME qui accompagne énormément toutes les études de l'éco-conception.