Avec l'émergence de nouvelles technologies et la demande croissante pour des données de meilleure qualité, le micro-travail s'adapte en permanence. Analysons ce mode de travail précaire.

Actuellement, l'Europe compte environ 28 millions de micro-travailleurs. Un chiffre qui pourrait atteindre 43 millions d'ici 2025, selon les estimations de la Commission européenne au sujet du micro-travail. Ces travailleurs précaires effectuent des tâches à faible valeur ajoutée - comme entraîner des IA (Intelligence Artificielle) - et ne travaillent que sur des fragments de projets. Malgré ces inconvénients, le micro-travail est un type d'activité numérique qui connaît une croissance significative. Cette tendance soulève la question d'une adaptation des réglementations en vigueur pour aboutir à un meilleur encadrement de cet emploi, et une meilleure protection sociale pour les micro-travailleurs.

Micro-travail : de quoi s'agit-il ?

Définition du micro-travail

Le micro-travail désigne des tâches ou des projets de petite envergure effectués en ligne, et à bas coût par un entrepreneur. Ces micro-tâches, souvent répétitives et fastidieuses, sont fréquentes dans les domaines d'activité où l'automatisation que permet la digitalisation est incomplète et où l'intervention humaine reste indispensable.

Ainsi, le micro-travail peut impliquer des activités comme par exemple : 

  • la catégorisation d'images (reconnaître des objets dans des photos)
  • la transcription de texte à partir d'un audio ; 
  • la traduction, pour pallier aux limites de la traduction automatisée (pour des mots d'argots par exemple ou certaines formules de style) ; 
  • la vérification de données, etc…

Micro-travail vs micro-entreprise : quelles différences ?

D'après les estimations de la Commission européenne, environ 5,5 millions de micro-travailleurs pourraient être incorrectement classés comme des travailleurs indépendants.

Les tâches du micro-travail ne requièrent aucune qualification spécifique, seulement une connexion internet, ce qui promet une liberté de travail attrayante pour les entrepreneurs. Cependant, cette apparence d'indépendance peut être trompeuse, car pour générer des revenus significatifs, les micro-travailleurs doivent souvent sacrifier leur temps sans compter leurs heures. Cette situation peut conduire à une forme de dépendance ou d'asservissement au micro-travail, d'autant plus que les plateformes de micro-travail utilisent des techniques de gamification pour renforcer cet engagement. Ces techniques marketing consistent en effet à capter l'attention des micro-travailleurs en jouant sur le côté ludique d'une activité.

Cette situation précaire du micro-travail explique ainsi la nécessité de distinguer les micro-travailleurs des micro-entrepreneurs - bien que ces deux catégories de professionnels opèrent souvent sous le même statut juridique. Contrairement aux micro-travailleurs, les micro-entrepreneurs gèrent leur propre entreprise de manière autonome. Les micro-entrepreneurs fournissent généralement des biens, ou des services qualifiés, sur le marché. Cela implique la gestion de leur clientèle, de leurs tarifs, et de nombreux autres aspects de leur activité.

Face à cette situation, une solution potentielle pourrait être la création d'un statut spécifique pour les micro-travailleurs. Ce statut permettrait d'offrir une protection adéquate liée au droit du travail tout en s'adaptant aux spécificités de ce secteur particulier du micro-travail.

Intelligence artificielle (IA) et micro-travail vont de pair

Le micro-travail est une composante clef de la digitalisation de l'économie.

Le micro-travail joue désormais un rôle important dans l'entraînement des intelligences artificielles (IA), alimentant en données précises et annotées les algorithmes qui sous-tendent ces systèmes. Des tâches telles que : l'annotation d'images, la transcription de sons ou l'évaluation de contenus fournissent les bases nécessaires à l'amélioration de la précision et de la fiabilité des modèles d'Intelligence Artificielle (IA). Ce qui est clé dans ce domaine en pleine croissance.

De plus, les travailleurs du micro-travail sont souvent impliqués dans les phases de vérification et de validation des résultats générés par les algorithmes de l'Intelligence Artificielle (IA), assurant ainsi leur qualité et leur adéquation aux besoins spécifiques des utilisateurs. Cette contribution des micro-travailleurs ne se limite pas à la simple collecte de données, mais inclut également des activités de personnalisation et d'ajustement des modèles pour répondre aux exigences spécifiques de chaque projet ou application.

Nouvelles plateformes du micro-travail

Le constat est ainsi implacable : la demande est bien au rendez-vous pour le micro-travail. Pas étonnant dès lors que les plateformes de recrutement de micro-travailleurs se multiplient. 

Parmi les nouvelles plateformes émergentes dans le domaine du micro-travail et de l'Intelligence Artificielle (IA), on trouve l'Universal Human Relevance System (UHRS, Service de Pertinence Humaine Universelle), une plateforme qui offre des opportunités de micro-travail variées aux travailleurs, comme la catégorisation de contenus et la vérification de données. 

Par ailleurs, Google a lancé en 2008 EWOQ, qui est devenue par la suite RaterHub. Cette plateforme de micro-travail permet aux utilisateurs de participer à des tâches d'évaluation de la qualité des résultats de recherche et de la pertinence des annonces.

Il faut dire que les plateformes de micro-travail ont su développer leurs arguments pour attirer le chaland, tels que « jusqu'à quelques euros par tâche », sans mentionner la durée de celles-ci et ni tarif moyen pratiqué pour la réalisation de la tâche.

Vers un nivellement du travail par le bas ?

Si le micro-travail offre la promesse d'une forme d'indépendance, la réalité de l'activité est bien différente.

La précarité appelle la précarité : autrement dit, le micro-travail exploite à merveille les difficultés financières de nombreux travailleurs. Ainsi, le revenu du micro-travail est en moyenne de seulement 21 euros par mois selon DiPLab. Pour 45 % des personnes sondées, c'est bien le besoin d'argent qui les pousse à micro-travailler. Il faut dire que 22 % d'entre elles vivent sous le seuil de pauvreté (qui correspond à la moitié du revenu médian).

En tout, ce sont plus de 260 000 personnes qui ont recours au micro-travail en France, selon cette enquête DiPLab de 2019.

On constate un phénomène de rémunération très basse en matière de micro-travail, ce qui peut être considéré comme une forme de dumping social de la part des entreprises. La globalisation facilite cette pratique en permettant aux entreprises de trouver facilement des personnes prêtes à effectuer ces micro-tâches à distance. Dans certains pays en voie de développement, même de faibles montants, comme quelques centimes ou quelques euros par tâche, peuvent représenter une somme significative pour les travailleurs. Il n'est pas surprenant que l'Inde soit un fournisseur majeur de micro-travailleurs, compte tenu de l'abondance de main-d'œuvre et de la prédominance de l'anglais, héritage colonial.

Quel avenir pour les travailleurs du clic ?

Si on parle volontiers de l'ubérisation d'une partie de l'économie, le micro-travail reste encore dans l'ombre. Ainsi, tout comme avec le développement des livraisons express et des VTC, le débat public devra rapidement se pencher sur ce sujet du micro-travail. En effet, les travailleurs du clic, comme on les appelle, ne bénéficient ni de protection sociale ni de contrat de travail. Complètement hors cadre légal en matière de législation du droit du travail, le micro-travail est pourtant un rouage essentiel de la digitalisation.

C'est bien là tout le paradoxe : le micro-travail est essentiel mais essentiellement mal payé. Autre paradoxe : s'il prend une ampleur inquiétante avec le développement de différentes plateformes pour ce type d'emploi, il pourrait aussi bien rapidement disparaître dès lors que les progrès en matière d'Intelligence Artificielle (IA) feront que les acteurs du secteur n'auront plus besoin de micro-travailleurs. A l'aspect ultra répétitif, il faudrait alors ajouter une composante évanescente au micro-travail. Il est vrai que l'intelligence artificielle ne cesse de rebattre les cartes en matière de compétences et permet ainsi de faire émerger de nouveaux métiers « augmentés » dans plusieurs domaines d'activité.

 

 
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