Et si les stars sportives de demain n'avaient pas les cheveux gominés, les abdominaux saillants, ne courraient pas le 100 mètres en moins de 10 secondes, ni ne sautaient plus de 2m40 en hauteur mais étaient des pros de la souris et de la console, dotés d'une capacité de concentration exceptionnelle, d'un sens tactique développé, surentraînés, motivés par un esprit d'équipe inébranlable et bien payés…

Le sport c'est transpirer

Le esport draine aujourd'hui des foules considérables, des sommes de plus en plus importantes, les sponsors accourent et les stars sont adulées comme des footballeurs (le salaire en moins pour le moment) mais sont-ils pour autant de véritables sportifs ? Peut-on considérer le esport comme un véritable sport ?

Pour savoir si le esport est un sport comme le football, le basket ou le curling, interrogeons-nous d'abord sur ce qui caractérise la pratique sportive. Le dictionnaire Larousse définit le sport comme : l'ensemble des exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, donnant généralement lieu à compétition, pratiqués en observant certaines règles précises.

Le esport ou sport électronique serait donc un sport si les joueurs transpiraient lors de confrontations individuelles ou collectives dans un cadre dont les règles seraient partagées par tous ? Mais qu'entendre réellement par sport électronique ? Jeux de sports sur supports électroniques (TV, PC, écrans, téléphones mobiles), jeux vidéos donnant lieu à des compétitions à caractère sportif… quid des jeux de hasard ? Peut-on considérer un jeu de guerre si il est pratiqué lors d'une compétition comme du sport ?

Organiser un secteur en plein essor

Le sport électronique est un objet difficilement identifiable aux contours encore flous. Si aujourd'hui il semble peu à peu entré dans la sphère sportive, c'est plus dans l'organisation des compétitions largement calquées sur le modèle des grands raouts sportifs (salle, ambiance, gains, prix, mise en scène…) que pour sa valeur purement sportive. En d'autres termes, les esportifs ne seraient pas des sportifs parce qu'ils ne transpirent pas réellement. Ce qui bien sûr n'est pas tout à fait vrai. 

Un joueur professionnel comme un sportif de haut niveau s'entraîne intensément (plus de 30 heures par semaine). Jouer pendant 5 à 6 heures de suite implique une préparation physique (les muscles du dos sollicités comme les bras, les épaules, les poignets…) qui se rapproche sur certains points de la préparation physique d'un tireur à l'arc par exemple. La préparation mentale est déterminante pour le esportif comme pour le footballeur. La concentration, la capacité à se dépasser sont les mêmes que l'on soit en short sur une pelouse ou au beau milieu d'une salle de 5 000 personnes une souris au bout des doigts. Le esportif a remplacé la raquette par une souris et le terrain par l'ordinateur. Bon nombre de compétitions de jeux se jouent en équipe et le sens du collectif, le sens tactique sont des vertus partagées par de nombreux sports non électroniques. Le esportif serait un sportif comme les autres ? Oui, à partir du moment où il suerait comme n'importe quel sportif, qu'il ferait appel au sens du collectif, de la tactique, qu'il veillerait à respecter des règles établies par d'autres, le tout au beau milieu d'une salle équipée de gradins ou vociféraient 5 000 supporters. Non, si il se concentrait sur un jeu de hasard ou un jeu de guerre aux objectifs bien éloignés de l'éthique sportive, où règnent les règles du hasard.

Le pouvoir politique poussé à organiser le secteur devant le succès, le poids économique de ces manifestations et le besoin de les structurer (gains, statut juridique) semble peiner à définir clairement le cadre du esport balançant entre sport et jeux de casinos. Même si les contours sont encore flous, ils constituent néanmoins la première marche vers un statut officiel, la première fédération de esport n'est peut être plus très loin.