Le président américain avait déjà reporté une première fois, de 75 jours fin janvier, l'entrée en vigueur d'une loi votée en 2024 par le Congrès et qui impose à ByteDance d'en céder le contrôle sous peine d'interdiction aux Etats-Unis.

Ce texte visait à empêcher que les autorités chinoises ne puissent mettre la main sur des données personnelles d'utilisateurs de TikTok aux Etats-Unis ou ne soient en mesure d'influencer l'opinion américaine via le puissant algorithme du réseau social.

L'échéance est désormais déplacée au 19 juin.

La cession de la filiale américaine de TikTok nécessite le feu vert de ByteDance mais aussi des autorités chinoises, qui n'ont, ni l'une, ni l'autre, validé jusqu'à présent l'idée même d'une vente.

"Des questions clefs doivent encore être résolues", a prévenu vendredi le groupe chinois, confirmant des discussions mais rappelant que toute transaction devrait être "approuvée en conformité avec la loi chinoise".

La tonalité de ces communications contraste avec l'assurance affichée par Donald Trump et son vice-président JD Vance, chargé du dossier à la Maison Blanche, qui avaient affirmé à plusieurs reprises ces derniers jours qu'un accord final serait trouvé avant la date limite du 5 avril.

"Nous espérons poursuivre, dans un esprit constructif, notre travail avec la Chine qui, de ce que j'entends, n'est pas ravie des droits de douane réciproques" imposés au pays par Donald Trump, a écrit le chef de l'Etat dans un message posté sur son réseau Truth Social.

Cette nouvelle taxe de 34% s'ajoute, dans le cas de la Chine, aux 20% déjà en vigueur, ce qui porte le total de droits supplémentaires à 54%.

- "Monnaie d'échange" -

La Chine a riposté et annoncé vendredi la mise en place d'une taxe de 34% sur les produits américains importés dès le 10 avril.

"Le report (de la date limite) permet de maintenir TikTok en vie et d'accréditer l'idée que les droits de douane font leur effet" et incitent la Chine à une inflexion, a commenté Jeremy Goldman, analyste du cabinet Emarketer.

"Trump peut continuer à utiliser TikTok comme une monnaie d'échange dans sa saga géopolitique avec la Chine", a-t-il poursuivi.

"Nous ne voulons pas que TikTok disparaisse", a redit Donald Trump, qui après avoir tenté de forcer la cession de la plateforme en 2020, s'est posé, depuis la dernière campagne présidentielle américaine, en sauveur du réseau social aux 170 millions d'utilisateurs aux Etats-Unis.

"Nous sommes impatients de travailler avec TikTok et la Chine pour finaliser cette opération", qui "nécessite davantage de travail pour s'assurer de la signature de tous les accords nécessaires", a décrit l'ancien promoteur immobilier.

Selon plusieurs médias américains, des discussions sont en cours, avec comme scénario central la scission de TikTok de sa maison mère.

Les actionnaires de ByteDance se verraient alors confier des actions de cette nouvelle entité à concurrence de leur participation actuelle dans le géant chinois.

Selon TikTok lui-même, environ 60% du capital de ByteDance est aux mains d'investisseurs non chinois, ce qui reviendrait à ce que la plateforme vidéo ne soit plus contrôlée majoritairement par une entreprise chinoise, principale exigence du Congrès.

Si ce scénario l'emportait, il écarterait tout paiement et éviterait aussi l'entrée au capital d'un ou plusieurs prétendants qui se sont manifestés ces derniers mois pour racheter TikTok.

Cette liste comprend notamment le "Project Liberty" de l'entrepreneur Frank McCourt, propriétaire de l'Olympique de Marseille, le YouTubeur MrBeast ou la startup d'intelligence artificielle (IA) générative Perplexity AI.

Ces derniers jours, se sont aussi manifestés, selon des médias américains, Amazon et Walmart, qui avaient présenté, en 2020, une offre conjointe avec Microsoft pour racheter TikTok, proposition restée lettre morte.

Quelques acteurs américains, notamment le spécialiste de l'informatique à distance (cloud) Oracle, qui héberge déjà les serveurs de TikTok aux Etats-Unis, ou la société d'investissement Blackstone, pourraient prendre une participation minoritaire, selon des médias américains.

Mais l'enjeu est tout autant financier que technologique avec, au centre du dossier, le fameux algorithme de recommandation de TikTok, qui explique la popularité de l'application.

Or, c'est bien au contrôle de ce programme par une entité chinoise que voulait mettre fin le Congrès.

Le New York Times a suggéré que la nouvelle entité pourrait obtenir une licence auprès de ByteDance pour l'exploiter.