Internet, nouveau champ de conquête pour Safran ? C'est ce qu'a laissé entendre la semaine dernière son PDG, Jean-Paul Herteman, dans la foulée de l'inauguration aux Etats-Unis d'une usine de pales de moteur en composites, mais sans rentrer dans les détails. L'équipementier aéronautique a ciblé la sécurisation des transactions en ligne, un domaine où il pense que ses technologies de biométrie, c'est-à-dire d'identification d'un individu via des parties du corps humain comme les yeux, les empreintes digitales ou le visage, peuvent faire la différence par leur fiabilité.Safran négocie pour cela depuis quelque temps un partenariat qui s'annonce structurant avec un « grand » du secteur de l'informatique ou de l'électronique grand public du type Apple, Amazon ou Samsung. L'idée poursuivie consisterait à mener un codéveloppement avec ce partenaire pour qu'il intègre la biométrie de l'équipementier dans ses solutions.A ce stade, aucun échange capitalistique n'est envisagé. Les discussions avancent visiblement bien, au point qu'une annonce pourrait intervenir d'ici à l'été prochain, selon nos informations, avec, à la clef, la promesse d'un important chiffre d'affaires.D'aucuns trouveront surprenant que le groupe, plus connu pour son moteur CFM56 qui équipe tous les B737 et un A320 sur deux, cherche à jouer dans un domaine aussi éloigné de l'aéronautique. C'est oublier que la fusion avec Sagem a adjoint un pilier sécurité important à son activité, désormais logé dans la société Morpho. Tout est parti en 1983 d'un laboratoire de l'Ecole des mines avec le soutien de la Caisse des Dépôts. Trente ans plus tard, et quelques emplettes auprès de General Electric, Motorola ou encore L1 au passage, la filiale sécurité pèse 1,5 milliard d'euros de revenus et emploie 8.400 salariés.Les spécialités de Morpho ? Identification biométrique pour les contrôles de tous types, documents sécurisés comme les permis de conduire, ou encore détection de matières dangereuses dans les valises de passagers aériens... La liste des clients comporte Aéroport de Paris, le Chili ou l'Inde par exemple, ou encore le FBI pour son fichier national des empreintes digitales, fort de 70 millions de références, certaines très anciennes. Avec la nouvelle génération de systèmes mise en place par Morpho à partir de 2009, l'agence de sécurité intérieure américaine a pu élucider 5.700 affaires criminelles en souffrance.
Changement d'échelle
Safran a donc plutôt bien réussi auprès de clients gouvernementaux ou de grands prestataires de services, partout dans le monde. Pour changer d'échelle, l'étape suivante consiste à toucher le grand public, pour rendre les transactions sur Internet aussi sûres que dans le monde physique.Pour Philippe Petitcolin, le PDG de Morpho, ce marché de la sécurisation des échanges numériques pourrait passer de 300 millions de dollars à 3 milliards à terme.
« C'est un nouveau marché, au potentiel énorme. Nous voulons en être acteur important », dit-il. Mais pour en profiter, il faut en passer par un partenaire qui, lui, dispose du contact avec l'internaute.
A lire : « Voyage au coeur de Safran USA » sur lesechos.fr/entreprises-secteurs