Les faillites d'entreprises ont une double fonction : à la fois révélateur de la santé économique générale et rouage parfois douloureux du renouvellement du tissu productif. Mais en 2025, elles prennent une dimension singulière : après des années d'interventions publiques massives, des décennies de taux d'intérêt historiquement bas suivies d'une phase de resserrement monétaire très marquée, l'économie mondiale est entrée dans une phase de rééquilibrage délicate et changeante.

Le constat est clair. En France, près de 65.000 entreprises ont fait faillite sur douze mois. Aux Etats-Unis, les défaillances atteignent des niveaux proches de la Grande Récession, et elles battent des records au Royaume-Uni.

Mais d'où vient cette explosion ? D'une part, il y a l'effet de rattrapage : de nombreuses entreprises, déjà fragiles avant la pandémie, ont été temporairement sauvées par des dispositifs publics exceptionnels : chômage partiel, prêts garantis par l'Etat, ou encore subventions directes.

Ces mesures, indispensables sur le moment, ont aussi retardé l'inéluctable : un grand nombre de ces entreprises auraient disparu sans ces aides. Le FMI considérait en 2021 que la part des sociétés dites « zombies » dans les sociétés cotées atteignait 10 %.

Remontée des taux d'intérêt

D'autre part, la remontée rapide des taux d'intérêt a tendu drastiquement les conditions de financement. En 2023, les entreprises américaines avaient 3.000 milliards de dollars de dettes arrivant à échéance dans les cinq années suivantes. En Europe, le mécanisme est similaire. Les trésoreries sont érodées par les remboursements, les fragilités s'exposent. Ces faillites révèlent des réalités économiques que les chiffres de croissance pris isolément ne peuvent pas toujours capturer. Schumpeter n'aurait pas dit mieux, qui voyait les faillites comme un mal nécessaire, une « bonne douche froide » : la disparition des entreprises les moins performantes libère des ressources - main-d'oeuvre, capital, idées - qui peuvent être réallouées vers des entreprises plus productives.

Création d'entreprises dynamique

Et en effet, souvent les entreprises défaillantes sont nettement moins productives que celles qui survivent, l'écart de productivité pouvant aller de 15 % à 30 % dans le secteur manufacturier français.

Un mal pour un bien ? Cela dépend des circonstances, et celles-ci ne sont malheureusement pas favorables en France. Les faillites ne se produisent pas en vase clos. Quand une entreprise disparaît, elle emporte souvent avec elle ses fournisseurs, ses créanciers et parfois même ses clients. En France, les dettes fournisseurs des entreprises défaillantes atteignaient déjà 3,5 milliards d'euros en 2015. Le risque d'un effet domino est bien réel.

Mais, si cette transition est douloureuse, elle est aussi salutaire. Les capitaux, désormais plus coûteux qu'à l'ère des taux négatifs malgré les baisses de taux de 2024, devraient progressivement se diriger vers les entreprises les plus productives, renforçant ainsi l'efficacité globale de l'économie.

Il fait également prendre en compte la création d'entreprises qui, en France, reste dynamique, preuve que l'appétit entrepreneurial y est intact. On peut formuler le voeu que ce dynamisme puisse non seulement compenser les destructions d'emplois, mais aussi et surtout préparer une économie novatrice, productive et compétitive.