"C'est un peu compliqué pour Glucksmann en ce moment. C'est un vrai guet-apens pour lui cette primaire", constate en observateur un cadre de La France insoumise.
Mardi matin, le patron de Place publique a dû taper du poing sur la table et rappeler qu'"on ne change pas les règles en cours de jeu", après que le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, également candidat à la primaire, s'est dit favorable à élargir le scrutin au député ex-Insoumis François Ruffin.
Ce dernier avait lancé les hostilités sur X la veille, affirmant que l'eurodéputé avait toujours refusé l'idée d'une primaire face à lui, car il "savait qu'il la perdait". Il "a peur des électeurs", a-t-il encore martelé mercredi matin sur RTL.
Raphaël Glucksmann, qui navigue entre 10% et 14% des intentions de vote dans les sondages sur la présidentielle, a longtemps refusé de participer à ce processus de départage, mais ayant besoin de l'appareil socialiste pour faire campagne, il a dû s'y résigner, tout en exigeant qu'elle soit réduite à l'axe social-démocrate.
Même si les militants socialistes se sont rangés derrière cette primaire "fermée", Olivier Faure, lui, continue d'évoquer l'idée d'un processus large et ouvert, avec une cotisation de seulement deux euros, loin des 15 euros actés entre le PS et Place publique.
Une manière d'instiller dans les esprits que le patron de Place publique s'adresse davantage aux classes aisées et de "faire tomber le masque de l'hypocrisie de ceux qui ont choisi une primaire fermée", explique son entourage.
M. Faure a obtenu mercredi l'appui d'une centaine d'élus et militants socialistes qui, dans une lettre ouverte, réclament l'ouverture de la primaire à François Ruffin, au banquier d'affaires Matthieu Pigasse, à la patronne des Ecologistes Marine Tondelier.
L'eurodéputé s'est également mis à dos les autres concurrents de la primaire en refusant la tenue de plusieurs débats télévisés, destinés à attirer un maximum de votants.
M. Glucksmann, considéré comme peu à l'aise dans ce type d'exercice notamment après un duel raté face à Eric Zemmour fin 2025, avait fait savoir qu'il n'acceptait qu'un seul débat sur France 2 le 6 octobre, arguant que des candidats de gauche se devaient de débattre sur le service public et que France Télévisions avait mis une condition d'exclusivité.
- "chouchou des medias" -
De quoi énerver notamment le député PS Philippe Brun et surtout l'ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal, qui l'a taclé sur sa "peur des débats", l'invitant à "faire autre chose que de la politique".
Souvent déroutante, celle qui l'a aussi qualifié de "chouchou des médias" a prévu d'en découdre avec lui, promettant déjà de le sommer de s'expliquer sur sa présence à un meeting de Nicolas Sarkozy en 2007.
"Faure compte sur Royal pour défoncer Glucksmann", savoure un participant à la primaire.
M. Glucksmann a finalement assuré être prêt à d'autres débats. Les discussions sont en cours avec plusieurs medias.
Déjà ciblé par La France insoumise qui l'accuse d'incarner le "nouveau Macron", le candidat Place publique s'est aussi fait chahuter lundi dans une manifestation féministe à Paris. "Deux femmes", a-t-il minimisé, l'ont accusé de ne pas être "la vraie gauche".
"Bien sûr que je ne plais pas à tout le monde à gauche", a admis sur RTL M. Glucksmann.
Un proche d'Olivier Faure souligne que "tout le monde a un doute sur Glucksmann".
"Son entourage socialiste a théorisé qu'il fallait faire le moins de chose possible pour prendre le moins de risque. Comme ils faisaient avec (Anne) Hidalgo", ajoute la même source, en référence à l'ancienne candidate socialiste, qui avait réalisé le pire score du PS en 2022, avec 1,7%.
Dans le camp de François Hollande, qui attend de voir si M. Glucksmann dévisse pour se déclarer, on souligne aussi que "personne ne le voit gagner, même ceux qui le soutiennent au PS".
Mardi, la commission d'organisation de la primaire a appelé au calme: "Le rassemblement sera d'autant plus aisé que la camaraderie régnera entre tous", a-t-elle écrit.