L'année 2025 sera-t-elle un bon ou un mauvais millésime pour les augmentations salariales ? La tendance est à la baisse par rapport aux années précédentes marquées par une forte inflation, estiment une poignée de cabinets de conseil interrogés par « Les Echos ». Selon une étude LHH publiée vendredi, les augmentations de salaire concédées lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) devraient atteindre 2,5 % de la masse salariale en médiane, contre 3,5 % en 2024 et 4,75 % en 2023.

« Cette baisse est directement liée à la décélération de l'inflation », prévue à 1,6 % en 2025 selon la Banque de France, constate Delphine Landeroin, directrice de projet au sein du cabinet de conseil en ressources humaines. La moitié (47 %) des entreprises envisage en effet de resserrer les cordons de la bourse, avec un budget dédié aux augmentations de salaire plus faible cette année en raison notamment du ralentissement de l'inflation, abonde une autre étude de WTW.

Baisse constatée

La quasi-totalité des secteurs est concernée par ce mouvement et la tendance « est à la convergence des pratiques », observe Khalil Ait-Mouloud, directeur de l'activité enquêtes de rémunération chez WTW France. Selon le cabinet Deloitte - qui anticipe aussi une augmentation globale de 2,5 % -, le secteur des transports devrait être le plus généreux, avec une augmentation médiane de 2,9 % qui cache néanmoins des disparités. A la SNCF, les 140.000 cheminots ont ainsi reçu un coup de pouce annuel de 2,2 % en moyenne, soit 0,6 point au-dessus de l'inflation. Ils voient également leur « prime de travail » revalorisée de 15 euros par mois.

Dans l'industrie, en particulier dans l'automobile touchée de plein fouet par le ralentissement économique, les revalorisations seront a contrario globalement moins-disantes, avec des hausses plus proches de 2,2 %, selon Deloitte. Avant d'engager les NAO, Renault attend de connaître le montant de l'intéressement et de la participation qui sera alloué aux salariés. Une stratégie qui pourrait permettre au groupe automobile de faire valoir une progression sur la fiche de paie supérieure à l'enveloppe NAO. L'annonce devrait être concomitante avec les résultats, attendus autour du 20 février.Dans les services - qui comprennent, entre autres, l'hôtellerie-restauration, mais aussi l'immobilier en pleine crise -, les augmentations médianes devraient être plus basses encore, avoisinant les 2 %. Les négociations ne sont pas encore bouclées chez Nexity, premier groupe français de promotion immobilière. Avec un plan social, une reconfiguration du groupe et un déménagement en préparation, les derniers mois ont été chargés pour l'entreprise, renvoyant les NAO en bas de la pile. Côté banques, les établissements devraient aussi se montrer moins généreux cette année avec des augmentations de 2 % en médiane, selon Deloitte. Dans ce secteur, le recul de l'inflation et les difficultés en banque de détail ont donné des arguments aux directions. Les NAO se sont soldées par un échec à la Société Générale avec une enveloppe globale réduite à peau de chagrin. Dans les caisses régionales du Crédit Agricole, en dépit de l'absence d'accord avec les syndicats majoritaires, les salariés bénéficieront d'une augmentation collective de 0,53 % en moyenne. Chez BNP Paribas, les discussions se sont terminées sans augmentation générale mais avec un accord et des contreparties. Crédit Mutuel Alliance Fédérale continue de faire la course en tête avec une augmentation collective de 1,5 %.

Métiers stratégiques

« Ce n'est pas la pire situation de ces cinq dernières années », tempère toutefois Christian Pellet, président de Sextant Expertise. « Les budgets restent au-dessus de l'inflation. Il y a toujours une volonté de rattrapage de la part des entreprises qui continuent à absorber la hausse des prix de ces dernières années », analyse-t-il. Il faut dire que si le marché est un peu moins favorable aux salariés, les difficultés de recrutement persistent et poussent les entreprises à rester compétitives. « C'est un retour à la normale comme en 2019, avant la crise du Covid et l'envolée de l'inflation », estime de son côté Sophie Lazaro, directrice capital humain chez Deloitte.

Avec une nouveauté cependant : après plusieurs années d'augmentations collectives, 2025 devrait marquer le retour en force des augmentations individuelles, notamment auprès des cadres. Les deux tiers (65 %) des entreprises envisagent exclusivement d'avoir recours à ce type de revalorisation pour augmenter les cadres, et 28 % pour les non-cadres, selon une étude de Deloitte menée en décembre. « Cela montre que les questions de pouvoir d'achat restent sous l'oeil attentif des entreprises, mais les sujets d'attractivité reprennent leur place avec les augmentations individuelles », analyse Delphine Landeroin, de LHH. Les talents et métiers clés, comme les data scientists ou les professionnels de l'intelligence artificielle, sont davantage ciblés. « Toutes les entreprises s'équipent de compétences dans ces domaines stratégiques donc, quand on a un bon élément sur ces sujets, il faut tout faire pour le conserver », explique Khalil Ait-Mouloud, de WTW.

Sentiment de décrochage

Ces propositions vont-elles satisfaire les syndicats ? « Il risque d'y avoir une dichotomie entre les collaborateurs susceptibles de considérer que ces budgets sont trop faibles à cause d'un sentiment de perte de pouvoir d'achat, et les entreprises qui ont une vision prudente dans un contexte socio-économique incertain », prévient Sophie Lazaro chez Deloitte. « En 2025, 28 % des entreprises mentionnent qu'un climat social est tendu », pointe Delphine Landeroin, directrice de projet chez LHH, citant les chiffres d'une étude recueillant les prévisions de 125 entreprises au 15 janvier. « Les cadres, notamment, vont avoir de grosses attentes parce qu'ils ont été moins augmentés que les non-cadres, comme le SMIC a suivi l'inflation », indique Marc Grosser, associé senior chez Topics. Le refus par certaines entreprises de concéder des augmentations collectives pourrait aussi alimenter quelques tensions. Et ce, même si les entreprises se disent prêtes à faire des efforts pour adopter des mesures complémentaires : forfait mobilité durable, meilleure prise en charge de la mutuelle, titres-restaurant… « Ces mesures sont plébiscitées par les salariés, cependant pour les syndicats, elles ne doivent pas être mises en place au détriment des mesures d'augmentations », souligne Delphine Landeroin.